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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 6.djvu/587

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Mais voulez-vous, au moins pendant quelque temps, le fixer quelque part ; commencez par le reconnaître dans ses principes et sa légitimité ; faites comprendre par vos actes que vous êtes le soldat de la révolution : alors elle pourra gouverner, parce que vous pourrez la gouverner. Elle n’a pas de plus vif désir que de trouver une expression et des représentans ; elle est en quête de dévoûmens et d’intelligences ; elle ne se reposera pas qu’elle n’ait trouvé satisfaction. Or, je ne conseillerai à personne, monsieur, d’être plus révolutionnaire que la France elle-même, mais je crois que c’est un devoir pour chacun de la suivre partout où la conduira sa fortune.

La France sent fort bien qu’il n’y a plus d’issue pour elle que dans l’instinct de l’avenir, et dans l’impossibilité de rebrousser chemin. Que ferait-elle autrement ? Ira-t-elle se remettre sous la tutelle d’un passé dont rien ne saurait corriger la vindicative impuissance ? Non ; elle n’a donc qu’à marcher devant elle, sous l’aimant d’une attraction irrésistible.

Ne croyez pas, monsieur, que j’accuse aveuglément le passé ; je l’étudie tous les jours, je sais tout ce qu’il y a de charme dans le culte des vieux souvenirs et de l’antique patrie avec ses illustrations et ses maximes ; je sais que, sous la restauration, de jeunes esprits pleins d’élévation et de noblesse, qui s’étaient gardés purs des intrigues et des complots dirigés contre notre liberté, avaient rêvé l’alliance solide du passé et de l’avenir de la France, et la solidarité paisible de toutes les gloires de la patrie. Ils ont vu maintenant si ce passé pouvait gouverner notre pays ; ils connaissent le fonds de ses desseins, et la portée de son intelligence : eh bien ! qu’ils viennent à nous, qu’ils désertent à jamais une cause égoïste qui ne les mérite pas ; qu’ils grossissent nos rangs, le drapeau tricolore est assez large, et nous le placerons assez haut pour qu’il puisse flotter sur la tête de tous les enfans de la France : la liberté leur appartient comme à nous ; comme le pain du désert, elle peut se multiplier pour se donner à tous : y a-t-il dans les opinions et les théories du siècle quelque chose qui les blesse ? qu’ils parlent, qu’ils écrivent, et qu’ils ourdissent au grand jour la conspiration des idées.