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France comme un peuple de danseurs et de cuisiniers. Autant vaudrait aujourd’hui imiter ce touriste, qui ayant vu dans une auberge de Calais une servante rousse, écrivit sur son album : « Toutes les françaises sont rousses. » Depuis quinze ans, nos Mœurs ont pris un caractère nouveau. Nous ne sommes plus avantageux et vantards comme sous la régence. Il n’y a plus guère de marquis de Moncade. La fatuité, bannie des premiers rangs de la société, ne s’est pas réfugiée chez les maîtres de langue. L’aventure d’un homme qui, à son premier rendez-vous, pour complaire aux caprices de sa maîtresse, consent à se placer dans un panier, et va par la fenêtre chercher un gant tombé dans la rue, n’est pas même vraisemblable. C’est tout bonnement un hors-d’œuvre, qui a le tort très grave de rappeler un des plus joyeux chapitres de Cervantes, celui de don Quixote et de Maritorne.

J’aime l’apologie du duel, présentée par Pelham au lecteur, lorsqu’il raconte sa querelle au Palais-Royal ; il fournit pour sa défense d’excellentes raisons. Il comprend très bien la différence des devoirs que le séjour des différens pays impose au voyageur. Mais ici encore, il me semble que M. Bulwer a pris ailleurs que dans la nature les traits de son tableau. Le duel s’efface tous les jours de nos habitudes. Mais une fois qu’il est accepté, d’ordinaire il ne se termine pas par des complimens. J’admets l’opportunité du conseil donné à Pelham par son compatriote. Mais je doute qu’en pareille occasion un homme de rien se conduise autrement qu’un homme de qualité.

Je regrette sincèrement que Pelham ne se compose pas tout entier de satire et de comédie. Sans doute il eût été possible de jeter dans la fable, qui, à vrai dire, n’est pas très solidement nouée, un intérêt dramatique ; mais alors cet intérêt aurait dû planer sur les principaux acteurs. Il aurait dû, au lieu d’être épisodique, pénétrer dans les entrailles mêmes du sujet. Mais, puisque M. Bulwer, comme tout porte à le croire, composait son livre à mesure qu’il l’écrivait, puisqu’il suivait la méthode de Swift et de Smollett, il eût mieux fait de renoncer à la