Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 6.djvu/548

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


rations, je saurai m’arranger pour ne point pâtir et me mettre à l’aise. Et puisque votre excellence a pour moi tant de bontés, il est encore une grâce que je la supplierai de m’accorder ; — ce serait de bien veiller sur sa forteresse, et d’aviser aux moyens de faire boucher les issues des cavernes de la montagne, ainsi que j’en ai insinué l’avis.

Ici se termina la scène.

Le prisonnier fut conduit dans l’un des meilleurs cachots de la tour Vermilion. Le cheval arabe fut mené aux écuries de son excellence, et la grande bourse de cuir déposée dans le coffre-fort de son excellence. Quant à la légalité de cette dernière disposition, le moine éleva bien, il est vrai, quelques doutes. Il demanda, par exemple, si les saintes reliques, dérobées évidemment dans un pillage sacrilège, ne devaient point plutôt être replacées sous la garde de l’église ; mais le gouverneur s’était prononcé d’abord péremptoirement contre cette idée, et comme il était maître absolu dans l’Alhambra, le moine laissa là discrètement la discussion, bien résolu pourtant à donner avis du fait aux dignitaires de l’église de Grenade.

Pour expliquer ces mesures si promptes et si sévères, prises par le vieux gouverneur Manco, il est bon d’observer que, vers cette époque, les montagnes d’Alpuxarra, dans le voisinage de Grenade, étaient infestées d’une effroyable façon par une bande de voleurs sous les ordres d’un chef audacieux, nommé Manuel Borasco. Ces brigands avaient pris l’habitude de rôder dans les environs de la ville, où ils pénétraient même sous divers déguisemens, afin de s’y instruire des jours et des heures de départ des convois de marchandises, ou des voyageurs dont ils savaient les bourses bien garnies, prenant ensuite soin de les rejoindre sur les points les plus déserts de leur route.

D’aussi fréquens et audacieux attentats avaient éveillé l’attention du gouvernement, et les commandans des divers postes avaient reçu des instructions qui leur prescrivaient de se tenir constamment sur leurs gardes, et d’arrêter tous les aventuriers suspects. Le gouverneur Manco déployait un zèle tout particulier dans l’exécution de ces mesures, tenant à honneur