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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 6.djvu/508

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davantage aux chances et aux séductions de l’action politique, il faisait un dernier appel dans sa peinture au calme et à la candeur des formes du moyen âge, comme Rome, à mesure qu’elle avait été plus entraînée vers le monde, et qu’il n’y avait plus eu pour elle d’espérance de repos, avait cherché, sous Adrien, à retrouver, au moins dans sa sculpture, la paix des tombeaux de l’Egypte et des dragons de l’Orient.

Sous l’impulsion de cette nouvelle époque, voilà la poésie qui se jette, à son tour, tête baissée dans la mêlée de l’invasion. Elle avait jusque-là vécu si retirée dans ses visions ! la voilà soldat comme Jeanne d’Arc en quittant son arbre des fées. Adieu son chaume, adieu ses songes, adieu ses nuits d’été, adieu mon père, adieu ma mère. Allons ! allons ! la belle vierge, l’avez-vous vue passer ? Quand je l’ai rencontrée, elle filait à sa quenouille avec un fuseau d’acier, une cotte d’acier. En avant ! en avant ! elle portait dans son tablier, pour cadeau à son fiancé, trois balles enchantées, deux pistolets d’argent, et deux bons éperons pour courir les chamois. Hourrah ! hourrah ! Sa ceinture pendillait dans les plis des drapeaux ; elle chantait pour sa noce son chant d’acier dans le fourreau d’acier du long sabre de Koerner. O ciel ! ô ciel ! j’en mourrai. Garde à vous, mon empereur ! jetez bas votre casaque grise et votre petit chapeau. Votre cheval blanc est trop pesant, votre épée de diamant est trop petite. plus vite, encore plus vite. La voilà, la voyez-vous, tout habillée de fer qui vient au-devant de vous pour la fête sur son cheval qui sue le sang. N’allez pas, mon empereur, vous asseoir jusqu’au soir à son repas de noce.

Ces deux années de 1813 et de 1814 se repaissaient ainsi de chants terribles et enivrés comme elles. Les poètes montèrent à cheval avec la coalition. Il y en eut, comme Iahn, dont la mission officielle fut d’exalter les armées, ce qui rappelait les anciens Bardites [1]. Il ne se trouva plus là de calculs de fantaisie,

  1. Iahn a continué ses prédications jusque dans le jardin du Palais-Royal. A son retour en Allemagne, il en a été récompensé par une réclusion perpétuelle dans sa ville natale. Le séjour des universités lui a été surtout interdit pour jamais. Voyez son livre de la Nationalité, traduit par Lortet, ouvrage fort curieux et pas assez connu.