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autrefois livré avec candeur à ses expériences, autant maintenant, désabusé et blasé, on prétendait ne pas se laisser duper par ses pièges. Ce n’était plus le despotisme du génie à son avènement ; ce n’était plus le Napoléon de l’art qui fondait de lui-même son droit impérial sur chaque parcelle de la nature, partout où son cheval avait secoué sa crinière. Non ! l’avenir, qui mine autour de nous tous les corps politiques, minait aussi ce grand pouvoir ; c’était devenu, à présent, un pouvoir muselé dont on se mêlait de juger les caprices, une religion qui avait ses sceptiques et ses réformateurs ; moins que cela, une royauté comme toutes les royautés d’à-présent, controversée, niée, honnie, vilipendée, sans que le vieux lion tendît jamais sa griffe. Plutôt que de régner à ce prix, il était temps de mourir, au moins pour en finir de ces éclaboussures qu’un siècle qui commence jette toujours au front du siècle qui s’en va.

L’art s’imposa ainsi le devoir de se faire national ; cet horizon vague et sans bornes dans lequel il avait erré jusque-là, il voulut le circonscrire à son climat. Il s’assit désormais, comme un laboureur fatigué, sur la borne des champs de bataille de l’indépendance. C’est alors que l’Allemagne commença à se prendre enfin pour but de ses recherches. L’érudition des frères Grimm alla fouiller son antiquité primitive, dont on n’avait connu, depuis Klopstock, qu’une fausse et théâtrale image. Tout changea. La musique ne fut plus , comme dans Mozart et Haydn, le son divin de tous les lieux, l’harmonie générale et diffuse qui sort du nord et du midi, de l’Italie et de l’Allemagne, l’écho nombreux et sans nom du genre humain dans un sein retentissant, la voix qui vient à-la-fois de la vague sur le Lido de Venise, des rayons du soleil sur un oranger de Naples, des herbes du Colysée, des lèvres des femmes de Salamanque, des guitares de Séville, des citronniers d’Andalousie, et des coquillages du Danube. Ce fut une musique indigène, celle de Wéber, de Beethowen et de Spohr, dont on avait entendu dès l’enfance les rhapsodies errantes le soir à la porte des villes, une mélodie faite à demi de chants populaires, de