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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 6.djvu/491

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les poèmes de M. Bounin sont brochés en beau papier jaune-clair. Que si vous les feuilletez, vous trouvez des strophes de rhythmes divers, assez richement rimées, et divisées de distance en distance par des chiffres romains, puis des doubles titres et des épigraphes. Ici s’arrête cependant la ressemblance. M. Bounin est d’ailleurs, selon l’usage, très mécontent de son siècle ; il se plaint amèrement du sort qui l’a fait naître en des temps si mauvais, et dans sa fâcheuse humeur, prenant à partie les gouvernemens et la société qui n’en peuvent mais, il va jusqu’à chercher querelle à la Providence, qu’il traite même, à ce qu’il semble, assez cavalièrement. L’exécution typographique de ce volume est au surplus fort remarquable, et fait le plus grand honneur aux presses de MM. Feissat et Demouchy, imprimeurs à Marseille. Voila sans doute le mérite le plus saillant de ces poésies, qui parfois vraiment ne manquent ni d’harmonie ni d’élégance, mais que sans leur format, confessons-le à notre honte, nous n’aurions pas probablement distinguées parmi tant d’autres essais que recommandent les mêmes qualités, et qui se perdent timidement dans la foule des in-dix-huit, tandis que par son splendide in-octavo, M. Polydore Bounin se place tout d’abord et d’emblée en première ligne.

Ne quittons pas les dèpartemens sans dire un mot de l’accueil qu’y ont recu quelques-uns de nos députés, soit à leur retour, soit à leur passage. Des ovations de toute sorte ont été faites. Cependant on a compté, dit-on, moins de sérénades que de charivaris. Ce dernier mode de félicitation était, à vrai dire, fort inconvenant. Il ne fallait pas cependant, ce nous semble, prendre sérieusement la chose, ni surtout se fâcher ; le meilleur même était de se prêter à la plaisanterie et d’en rire. Nous connaissons un député qui s’est ainsi tiré d’affaire à merveille. Le charivari s’étant venu ranger sous les fenêtres de l’honorable membre, il s’est mis de fort bonne grâce au balcon, et tout étant fini, comme les concertans se retiraient, après les avoir remerciés d’un ton pénétré, il a dit en fermant sa croisée, qu’il goûtait fort ce morceau de musique, mais qu’il eût préféré peut-être le chœur des démons de Robert-le-Diable. Si jamais ce