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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 6.djvu/488

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À Paris d’ailleurs il s’est passé bien peu d’èvènemens qui méritent d’être rappelés.

Un étudiant en droit et une toute jeune fille se sont asphyxiés la semaine dernière. Nous ne ferions pas mention de ce double suicide, qu’un amour malheureux avait seul causé, comme bien l’on pense, s’il ne se présentait accompagné d’une circonstance fort touchante, et des plus rares en pareil cas : ces deux pauvres enfans n’avaient voulu rien autre chose que mourir ensemble. Dans ce suprême moment, l’amant avait respecté sa maîtresse. Mais on est entré dans leur chambre comme ils allaient expirer. La jeune fille est morte. On a, dit-on, conservé la vie au jeune homme. Voilà vraiment de l’humanité bien entendue !

Deux autres jeunes gens sont tombés à la place Vendôme, le 4 mai, sous les épées des sergens de ville. Je veux bien que cette fois ces derniers n’aient agi qu’à leur corps défendant. On ne peut néanmoins se dispenser de l’observer, ces messieurs les sergens mettent trop volontiers flamberge au vent, et c’est quelque chose de bien rigoureux qu’une police ainsi faite d’estoc et de taille. N’y avait-il pas moyen d’ailleurs d’éviter ce jour-là l’effusion du sang ? Aucun trouble sérieux n’avait compromis la tranquillité publique. Quelques rassemblemens inoffensifs s’étaient formés autour de la colonne. On avait jeté des fleurs au pied de ce cénotaphe d’un grand homme, le jour anniversaire de sa fête. Y avait-il donc tant de danger dans ce silencieux et reconnaissant souvenir, dans cet hommage religieux du peuple, surtout lorsque se répandait déjà le bruit que le fils de Napoléon était mourant ?

Au surplus, ce n’était vraiment là qu’un enfantillage. Aujourd’hui l’émeute véritable se déplace. Elle change de nature et de terrain. C’est dans les départemens qu’elle se prépare et s’exécute maintenant avec le plus d’ensemble. Après la révolte des ouvriers de Lyon, après les troubles de Grenoble, voici que Marseille vient de nous donner à son tour un échantillon de son savoir-Faire. Mais ce sont les carlistes seuls qui se sont chargés cette fois de diriger les choses. Las à la fin de ne venir jamais qu’à la suite dans les conspirations habituelles, ils ont voulu nous en fabriquer une