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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 6.djvu/485

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CHRONIQUE DE LA QUINZAINE




14 mai 1832


Enfin voici Paris en convalescence. La terreur s’en est allée. La grande ville respire et reprend confiance. Chacun retourne insensiblement à ses habitudes, à ses plaisirs. Nos dames de la Chaussée-d’Antin ont bien fait d’abord quelques façons avant de se décider à sortir de leurs boudoirs ; mais à travers les vitres des croisées fermées le ciel était si bleu, le soleil si brillant ! Tout cet air, en dépit de la peste semblait si pur et si parfumé ! Quel bonheur il y aurait à se promener un peu par ce beau temps ! Et puis le journal donnait du courage. Le chiffre officiel du bulletin sanitaire devenait chaque jour plus rassurant. Alors on s’est roulé de la tête aux pieds dans de la flanelle rose, et le sachet de camphre à la ceinture, le flacon de sel sous le nez, bref, aussi bien anti-cholérisé que possible, on s’est risqué bravement. On est venu d’abord seulement sur le boulevard ; puis, on s’est enhardi davantage, on a poussé jusqu’aux Tuileries, et Dieu sait que d’exclamations, que de joie, quand on a revu là les lilas en fleurs, les tilleuls et les maronniers couverts de feuilles ! Des feuilles, des feuilles partout ! Des feuilles fraîches et pudiques, jusque sur les statues nouvelles ! Cloîtré comme on l’avait été, confiné près du feu pendant ce long mois d’avril,