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parvenu ou d’un huissier retiré ; un ricanement méchant et bête, encore plus méchant que bête.

— Qui rit ainsi ? demanda Gustave.

— C’est l’esprit des ténèbres, reprit le vieillard. Il rit toujours ainsi aux vœux absurdes des mortels. Son rire n’a jamais été si gros qu’aujourd’hui, en] entendant ton vœu. — Rétracte-le, ce vœu fatal ! rétracte-le, il en est temps encore, mon fils ! Tu ne l’as pas encore prononcé une troisième fois !

— Vieillard, dit Gustave, tu ne m’as donc pas entendu ? C’est l’abolition du vice que je demande ; c’est la disparition complète des erreurs ; c’est le règne de la vertu et des sages ! Souffle donc sur le vice, et qu’il disparaisse de la terre ! Et après cela que je meure au milieu des sages et des vertueux que j’aurai faits !

Et il répéta à haute voix sa troisième abjuration.

Le gros ricanement se fit entendre de plus belle ; le vieillard leva les yeux au ciel, les yeux remplis de larmes. Puis il s’écria avec un soupir de douleur et de regret : — Soit fait comme tu le veux, mon fils !

Il prit Gustave par la main. Ils sortirent à pied dans la rue. Le ciel était pur, l’air embaumé, les étoiles scintillaient dans le ciel, la nature dormait mollement accroupie dans l’ombre et dans les fleurs. — Hélas ! dit le vieillard, dites adieu à cette belle nuit. La nuit, c’est le péché du jour ; la nuit, c’est le vice du soleil ; la nuit, c’est un instant de repos et de paresse pour l’astre du jour. Plus de péché sur la terre, plus de nuit pour la terre, plus de repos pour le soleil, plus d’ombre le soir. Que tes rayons soient tendus sans relâche sur nos têtes, soleil ! Que le soir ne ferme plus ton palais de cristal et ne détale plus tes chevaux ! — Ainsi parlait le vieillard. Le jeune homme, croyant que son compagnon se livrait à une boutade poétique sans conséquence, le laissait dire et se frottait les mains tout joyeux.

Au détour d’une rue, ils rencontrèrent une échelle attachée à une fenêtre, et à cette échelle des hommes qui grimpaient mystérieusement.

— Qu’est-ce que cela ? demanda Gustave.