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par les vents du nord-ouest qui soufflent avec assez de force pendant l’automne. Les pluies commencent au mois d’octobre et ne cessent guère qu’au mois d’avril ; alors ce sont des torrens qui tombent du ciel. Le soleil est des semaines entières sans se montrer, et le seul vêtement qui puisse garantir le voyageur est une chemise faite avec des intestins de lion de mer, dont les différentes parties sont artistement cousues ensemble. Elle est surmontée d’une espèce de capuchon, et lorsqu’on est recouvert de ce garde-pluie ; comme l’appellent les Canadiens, on peut délier toutes les cataractes du ciel. Ces chemises sont faites par les naturels qui habitent le voisinage des établissemens russes au nord de la Columbia,

La nature s’est montrée libérale de ses dons envers ces contrées. Au printemps, on y trouve en abondance un petit poisson que Lewis et Clarke ont cru être l’anchois. Les naturels le fument et le salent, et s’en servent comme d’un moyen d’échange avec les Indiens de l’intérieur pour en obtenir des racines. Depuis le mois de juin jusqu’à la fin d’août, un saumon délicieux remplit les rivières, et août et septembre y amènent de superbes esturgeons. M. Cox en a vu de onze pieds de long, qui pesaient de trois à quatre cents livres. Une grande variété de fruits sauvages y croissent également.

Les principaux quadrupèdes sont le renne, le cerf rouge, le cerf à queue noire, l’ours noir, le brun et le gris (ce dernier est très féroce) ; le loup, la panthère, le chat-tigre, le chat sauvage, la marmotte, la loutre de terre, le rat musqué, le rat des bois, et la loutre de mer, qui fournit la fourrure la plus précieuse de toutes. On tue quelquefois des ours blancs au nord de la Columbia, mais ils y sont rares.

La santé de M. Cox était depuis long-temps languissante, il se décida à retourner par terre au Canada. Le 16 avril 1817, il partit du fort Saint-Georges, et remonta le fleuve. La troupe se composait de quatre-vingt-six personnes. Le 28 mai, les voyageurs arrivèrent à la rivière Canot, après avoir perdu six hommes, noyés par le chavirement d’un bateau. Cette rivière est située par 52° 7’ 9" latitude nord. Les eaux étaient tellement