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Vers minuit, le vent tomba. Le ciel était sombre et sans une étoile. Nous aperçûmes tout-à-coup un feu sur une montagne, dans le nord-ouest. On répondit à l’instant à ce signal par un autre feu que nous vîmes briller au point opposé, et qui lui-même fut suivi par d’autres à l’est et à l’ouest. Pendant ce temps le bruit vague des pagaies des canots, qui passaient et repassaient le fleuve, nous prouva que nos ennemis veillaient sur nous, de manière à ce que nous ne pussions leur échapper dans l’ombre. »

Pour surcroît de malheur, plusieurs corbeaux vinrent à passer en ce moment, et mirent le comble à la terreur des superstitieux Canadiens. L’un des voyageurs, M. Keith, eut toutes les peines du monde à les rassurer. Ce n’est que sur la judicieuse observation que les corbeaux n’avaient pas croassé, qu’ils reprirent quelque courage. Une petite harangue dans laquelle il leur rappela le courage de leurs ancêtres, les Français, dont quelques centaines seulement mettaient en fuite des milliers d’Indiens, produisit un assez bon effet, et quelques verres de rhum, distribués à la ronde, firent le reste.

« On atteignit bientôt les rives du fleuve. Deux hommes furent laissés dans chaque canot, et le reste de la troupe, au nombre de quarante-huit, gravit la côte. Aucun naturel ne se montrait encore ; on s’arrêta une demi-heure sans trop savoir quel chemin suivre, lorsque quelques Indiens à cheval apparurent à une certaine distance. Michel, l’interprète, fut envoyé au devant d’eux avec une longue perche surmontée d’un mouchoir blanc. Il les héla quelque temps sans obtenir de réponse. Ils parurent cependant comprendre ce signe de paix, et après quelque hésitation, deux d’entre eux s’approchèrent et demandèrent ce que nous voulions. Michel répondit que nous désirions avoir un entretien avec les chefs. Les deux Indiens se retirèrent et revinrent bientôt nous apprendre que les chefs des environs ne tarderaient pas d’arriver. En moins d’une demi-heure, nous vîmes paraître un nombre considérable d’Indiens à cheval, précédés d’environ cent cinquante guerriers à pied, tous armés de fusils, de lances, de tomahawks et de flèches : ils s’arrêtèrent à