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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 6.djvu/445

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le cou, les joues et le ventre. On lui coupa ensuite la chair autour des ongles, on l’arracha, et on sépara les doigts des mains, jointures par jointures. Pendant cette cruelle exécution, le prisonnier resta impassible. A la fin, cependant, il exhala sa colère contre ses bourreaux ; notre interprète nous traduisit ses paroles : — « Mon cœur est fort, vous ne me faites pas de mal. — Vous ne pouvez pas me faire de mal. — Vous êtes des imbécilles ! — Vous ne savez pas torturer ! — Essayez encore. — Je ne sens pas la moindre douleur. — Nous torturons bien autrement vos parens, car nous les faisons crier assez haut, — comme de petits enfans ! — Vous n’êtes pas braves, vous avez de petits cœurs, et vous avez toujours peur de combattre. » Puis s’adressant à l’un d’eux : — « C’est ma flèche qui t’a crevé l’œil ! » Le Tête-plate sauta sur lui à l’instant, et lui arracha un œil avec un couteau, en lui coupant en même temps le nez en deux. Le prisonnier ne se tut pas pour cela ; de l’œil qui lui restait, il regarda hardiment un autre Tête-plate ; et lui. dit : — « C’est moi qui ai tué ton frère et scalpé ta vieille bête de père. » Celui à qui s’adressait cette interpellation sauta sur lui et lui enleva à l’instant le péricrâne, et il allait lui plonger son couteau dans le cœur, quand le chef l’arrêta. Le crâne du patient mis à nu et sanglant, son nez mutilé, offraient un horrible aspect ; mais il ne changea pas encore de langage. — « C’est moi, dit-il, en s’adressant au chef, qui ai fait ta femme prisonnière l’automne dernier. Nous lui crevâmes les yeux ; nous lui arrachâmes la langue ; je la traitai comme un chien ; quarante de nos guerriers…….. » Mais le chef hors de lui s’empara d’un fusil, et sans lui laisser achever sa phrase, lui envoya une balle dans le cœur, qui l’acheva. »

Dans ces exécutions, les femmes, à ce qu’il paraît, se montrent encore plus cruelles que les hommes. Un jour, nos voyageurs en rencontrèrent plusieurs qui menaient au supplice une jeune fille de quatorze ou quinze ans ; ils implorèrent vainement leur pitié, et ce ne fut qu’en menaçant les Indiens de ne plus acheter leurs fourrures, et de quitter pour toujours leur pays, qu’ils réussirent à arracher la jeune captive à la mort. Ces vieilles mégères