Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 6.djvu/438

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



Le pauvre voyageur égaré ne se sauvait d’un danger que pour tomber dans un autre. Après une journée d’horribles souffrances, de privations et de fatigues, il se blottit dans le tronc d’un pin renversé par la foudre, pour y passer la nuit. Mais l’hôte de ce gîte se présenta bientôt pour l’en déloger: c’était un ours énorme. M. Cox n’eut d’autre ressource, pour échapper à ce nouvel ennemi, que de grimper sur un arbre, et de se réfugier sur une branche trop faible pour porter l’animal qui le poursuivait, et d’où il lui asséna tant de coups de son bâton sur le museau et les pattes, qu’il le força de renoncer à sa proie. Il passa la nuit juché sur cet arbre, et se remit en route le lendemain, en marchant à l’est.

Il ne lui restait plus rien de son pantalon : le dernier lambeau lui avait servi à couvrir ses pieds ; il n’avait plus que sa chemise. Mais les empreintes des pieds des chevaux devenaient de plus en plus nombreuses, et ranimèrent son courage.

« Tout-à-coup, dit-il, j’entendis des hennissemens. Je m’arrêtai, j’écoutai sans respirer, craignant que ce ne fût une illusion. De nouveaux hennissemens se firent entendre. Je fus bientôt hors du bois et à l’entrée d’une prairie où de beaux chevaux galopaient en toute liberté. Je traversai un ruisseau qui m’en séparait. Un d’eux s’approcha de moi sans crainte, et l’aspect délicieux d’une petite colonne de fumée m’annonça le voisinage d’êtres humains. Au même moment, deux femmes indiennes, qui m’avaient aperçu coururent vers leur hutte, qui était à une extrémité de la prairie. Jusque-là je ne savais pas encore si j’avais affaire à des amis ou à des ennemis ; mais ces doutes se dissipèrent par l’arrivée de deux hommes, qui accoururent à moi de la manière la plus amicale. A la vue de mes pieds lacérés, ils me portèrent dans leurs bras à une bonne petite hutte, recouverte de peaux de daims, où ils m’offrirent du saumon et quelques racines rôties. Je compris par leurs signes qu’ils me savaient égaré, et qu’ils étaient à ma recherche depuis plusieurs jours. »

La place choisie par la compagnie pour fonder un établissement était située à la jonction des rivières Spokan et Pointed-Heart.