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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 6.djvu/434

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inutilement. En arrivant à l’endroit où j’espérais trouver leur chemin, je vis que je m’étais complètement trompé. Il était presque nuit, et je n’avais rien mangé depuis midi de la veille. Accablé de besoin et de lassitude, je me jetai sur l’herbe ; mais un bruit léger que j’entendis derrière moi ne me laissa pas long-temps ma tranquillité ; c’était vin énorme serpent à sonnettes qui prenait le frais à l’ombre. Je reculai d’horreur, et prenant une grosse pierre, je la lançai de toute ma force contre l’animal dont elle écrasa la tête.

« Ma dernière course avait mis en lambeaux les semelles de mes mocassins, et j’avais les pieds très gonflés. Comme la nuit approchait, je cherchai un endroit pour dormir, et en peu de temps je me procurai un lit à-peu-près aussi bon que celui de la veille. Mes efforts pour arracher ces longues herbes avaient mis mes mains presque hors de service, en me coupant toutes les jointures des doigts.

« Le 19, je me levai avant le soleil, et me dirigeai vers l’est toute la journée. Les douleurs de la faim se firent d’abord cruellement sentir ; mais après avoir fait quelques milles et bu de l’eau, je repris courage. Mes pieds étaient tout déchirés, et me faisaient beaucoup souffrir. — Le soleil qui dardait sur ma tête me força de m’arrêter pendant quelques heures.de la journée, et j’employai ce temps à de vaines tentatives pour lui faire une couverture quelconque. Quelquefois je croyais que mon cerveau prenait feu, tant la chaleur était brûlante. — Je ne trouvai pas de fruits pendant ces deux jours, et je me sentis très faible vers le soir, ayant été quarante-huit heures sans manger. Quelle horrible nuit que celle que je passai, couché sur les bords d’un lac, dont les nombreux habitans auraient fait honneur à une table royale ! Avec quel œil d’envie, avec quel regard assassin je suivais la grasse oie sauvage et l’épais canard qui se jouaient sur l’eau sans s’inquiéter de ma présence ! Rien qu’avec un pistolet de poche j’aurais pu en tuer plusieurs. — L’état de mes mains m’empêcha de me procurer la même espèce de couverture que les nuits précédentes, et je n’eus rien pour m’abriter de la rosée.