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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 6.djvu/423

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mère d’une consomption. Je veillai la nuit lisant et relisant sa lettre, et regardant un petit profil que j’avais dessiné à la mine de plomb, et que j’appelais le sien. Dieu sait s’il courait aucun risqrre d’être reconnu.

« Trois semaines se passèrent donc, lorsque, prenant le journal un matin, et sautant, comme les femmes le font toujours, à l’article des naissances, morts et mariages, que vis-je ? sinon : marié, jeudi dernier, à Gretna, Henry O’Byrne, de Kildaren-Castle, dans le Connauglht, à Elisa, seule fille et héritière de Jonathan Simpkin ! — Le papier me tomba des mains. Je connaissais bien ma rivale aux cheveux roux : elle avait dîné à la maison avec la vieille Lady Driscol, qui lui servait de chaperon. C’est là qu’elle avait rencontré mon infidèle amant. Hélas ! j’avais été mise en balance avec 100,000 liv. sterling, et trouvée trop légère. Combien je résolus d’être malheureuse ! Une simple tresse réunit mes cheveux, que je ne devais plus prendre plaisir à boucler. Je négligeai ma toilette, ce qui veut dire que je ne portai plus que de la mousseline blanche ; et ma tendre mère, qui avait été aussi fâchée contre moi, que sa douce nature lui permettait de l’être, pouvait maintenant se fâcher contre lui autant qu’il lui plaisait. Sa surprise d’une telle infidélité fut même plus grande que la mienne, et sa compassion s’en accrut. J’argumentai sur la perfidie des hommes, et je déclarai que je ne me marierais jamais. — Six mois s’écoulèrent ainsi, et, pour dire la vérité, je commençais à me trouver très fatiguée de mon désespoir, lorsqu’un jour, un jeune homme, un cousin duquel, à l’âge des fourreaux blancs, j’avais été la Benjamine, vint séjourner dans notre maison. Il parut touché de ma mélancolie. Je lui confiai mes chagrins, et de la confiance naquit la consolation.

« Je ne sais comment cela se fit ; mais je pensais que les boucles de ma chevelure ne méritaient pas tant de mépris, qu’une imagination de jeune fille pourrait bien n’être qu’une folie. Lord Mendeville en tomba d’accord. Mon père se moqua de moi et dit que je devais me montrer plus conséquente ; que jamais une héroïne n’avait aimé du consentement de sa famille ;