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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 6.djvu/409

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artificiel se fait jour, en plus d’un endroit, un enthousiasme de la guerre, une joie de la douleur et de la mort, un goût de sang, et comme une odeur de carnage dont n’approche, que je sache, nulle autre poésie. Un pareil contraste empreint celle-ci d’un caractère à part, qui suffirait pour y intéresser, quand elle n’offrirait pas fréquemment des traits sublimes, comme le peuvent dire tous ceux qui ont lu le chant célèbre de Régner.

Le temps nous manquera, messieurs, pour aller plus loin. Nous ne pourrons nous avancer à travers le moyen âge, pour y écouter retentir les échos de plus en plus affaiblis, mais toujours reconnaissables des anciennes traditions du nord. Nous ne pourrons faire entrer dans l’espace trop resserré de ce cours les chants populaires de la Scandinavie moderne. Nous resterons sur le terrein de la vieille Scandinavie.

Vous avez pu voir que la littérature, comme reléguée dans des régions lointaines et ignorées, renferme en elle tout un monde, qui a sa mythologie, sa poésie, son histoire, et que ce monde, à part, n’est pas sans rapport avec le triple monde de l’orient de l’antiquité et des temps modernes. Quelque rapide et quelque incomplet qu’ait été ce sommaire, il a pu vous donner une idée de ce que nous allons rencontrer dans la carrière où vous daignez me suivre. Messieurs, que votre bienveillance, à laquelle je n’apporte d’autres titres que des études sérieuses et un grand zèle, m’aide à la parcourir.


J.-J. AMPÈRE. [1]

  1. Nous espérons pouvoir suivre M. Ampère dans le cours de ses leçons sur la littérature scandinave, que cette première introduction fait si vivement désirer.
    (N. d. D)