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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 6.djvu/403

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grammaire, de rhétorique et de prosodie, que termine assez pédantesquement un poème bizarre, où sont renfermées toutes les formes de la versification scandinave, espèce de métrique en exemple, et que l’auteur a intitulée Clef prosodique.

Telle est l’Edda de Snorri, nommée aussi l’Edda en prose, la Nouvelle-Edda, la seule dont une partie ait été traduite en français par M. Mallet ; compilation précieuse par les faits qu’elle contient, mais sans intérêt et sans valeur poétique, et qui ne ressemble pas plus à l’autre Edda, à l’Edda en vers, à la vieille et véritable Edda, que la bibliothèque d’Apollodore ne ressemble aux poésies d’Homère. Cette ancienne Edda est une collection de poèmes et de fragmens de poèmes mythologiques, gnomiques, héroïques, recueillis, au onzième siècle, par un Islandais, nommé Semund. Les auteurs en sont inconnus, les dates difficiles à déterminer. Elles remontent, au moins pour quelques-uns, à plusieurs siècles avant l’époque où ils furent recueillis.

Les poèmes mythologiques renferment les dogmes de cette religion sombre et guerrière dont je vous ai entretenus. Souvent ils sont empreints, comme elle, d’une majesté lugubre et d’une tristesse sublime.

Telle est la Voluspa, le plus important des poèmes mythologiques de l’Edda, débris d’une cosmogonie perdue, qui commence par la formation de l’univers, et se termine par l’embrasement dans lequel il doit périr: c’est l’expression voilée des mystères et des oracles ; c’est une vision confuse, gigantesque et terrible ; c’est à-la-fois la Genèse et l’Apocalypse du nord.

Il y a loin de là, messieurs, à ces poèmes burlesquement satiriques, qui se trouvent aussi dans la partie mythologique de l’Edda, et dans lesquels les divinités Scandinaves apparaissent sous un jour grotesque, où le malin Loki persifle sans pitié la bravoure des dieux et la chasteté des déesses, où le maître de la foudre est devenu un personnage stupide et vorace ; il y a entre ces deux ordres de poésie toute la distance qui sépare la théogonie d’Hésiode et les railleries de Lucien.

Un poème sentencieux, le Hava-Mal, contient les adages de