Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 6.djvu/402

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


idées fondamentales. Nous comparerons les mythes principaux de cette religion avec ceux qui peuvent leur correspondre réellement dans les religions de l’orient ou de l’antiquité ; enfin nous demanderons à la mythologie Scandinave sa propre histoire ; nous chercherons dans son sein les traces des révolutions qu’elle a subies. Nous nous efforcerons de déterminer son point de départ et les limites de son extension. Ici la coïncidence des résultats auxquels nous conduira cette recherche, avec ceux que nous avua fournis un travail du même genre sur les races et les langues Scandinaves, nous permettra de nous élever avec confiance à des conclusions qui ne sont peut-être pas sans importance pour la connaissance des origines et des migrations des peuples, et pour l’histoire du genre humain.

Ainsi préparés à l’étude des monumens de la littérature Scandinave, nous aborderons ces monumens.

Nous parlerons d’abord des plus célèbres, des Eddas.

II existe deux recueils d’une nature et d’une composition entièrement différentes, et qui tous deux portent le nom d’Edda. La moins ancienne est l’ouvrage du dernier grand homme de l’Islande, de Snorri Sturleson, mort au milieu du treizième siècle (1241). Cette Edda se compose de plusieurs traités en prose sur la mythologie et la langue figurée, employées par les scaldes ou poètes Scandinaves. La première partie contient, sous forme de dialogue, une exposition scientifique de la mythologie Scandinave, faite long-temps après qu’on n’y croyait plus, et dans un but purement littéraire. Cette partie de l’Edda de Snorri est l’ouvrage d’un mythographe : c’est en quelque sorte un dictionnaire de la fable. Une seconde partie contient un choix de locutions poétiques inventées par les scaldes, de périphrases consacrées parmi eux, et on peut rigoureusement le dire classique, assez semblable à ce qu’on trouve dans un Gradus ad Parnassum. Ce recueil avait pour but de faciliter à ceux qui prenaient plaisir à la lecture des poésies nationales, et qui continuaient à se servir pour les leurs de l’ancien merveilleux Scandinave, l’intelligence et l’emploi du langage des scaldes.

Enfin, à ces deux parties l’auteur a ajouté un traité de