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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 6.djvu/401

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choses, de la nature de Dieu et de la structure de l’univers, et les faits dont le souvenir les intéresse, leur propre histoire qui se confond dans leur esprit avec celle de leur religion et de leurs dieux. Instinct du vrai, superstitions folles, traditions véridiques, légendes fabuleuses, pressentiment du bien et du beau, mouvemens brutaux, aperçus de l’infini, et grossières erreurs, de toutes ces choses et de mille autres se forme un chaos qu’illuminent d’éblouissans éclairs. C’est dans ce chaos qu’il faut descendre, pour y chercher les divers élémens qui fermentent pêle-mêle dans son sein.

Afin de répandre quelque lumière sur la mythologie Scandinave, je vous présenterai d’abord un tableau de son ensemble. Je construirai devant vous ce monde ou plutôt ces mondes, dont la superposition et la juxta-position symétrique forment dans les idées Scandinaves l’édifice de l’univers. Je déroulerai à vos yeux ce grand drame cosmogonique qui s’ouvre par la naissance du monde, et se dénoue par la catastrophe dans laquelle la terre, le ciel et tous les dieux périssent pour renaître ; drame lugubre, sur lequel planent d’un bout à l’autre une tristesse belliqueuse et un pressentiment sinistre. C’est la vie sortant des ténèbres et des glaces de l’abîme ; c’est l’univers formé des débris d’un cadavre, un déluge de sang, des dieux qui souffrent et combattent, des dieux qui savent qu’ils doivent mourir ; c’est Balder qui périt de la main d’un frère ; c’est Odin que le loup dévore : enfin c’est la destruction universelle des êtres. En présence de ces redoutables scènes, on est transporté au milieu des fantômes du nord, on croit sentir son âme, pressée par le froid et la nuit, se dissoudre avec ce nébuleux univers. Si l’on entrevoit, vers la fin, l’aurore d’une vie nouvelle, plus douce et plus sereine, elle est comme ces feux polaires qui brillent d’une lueur vague au sein des longs hivers, sans en dissiper les ténèbres.

Après avoir contemplé ces grands et sombres symboles, nous tenterons d’en pénétrer le sens, non par une minutieuse interprétation, qui pour suit, dans des détails arbitraires, la chimère d’une explication complète ; mais, en nous attachant à quelques