Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 6.djvu/394

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



On n’arrive, messieurs, à l’intelligence complète d’une littérature, et surtout d’une littérature primitive, qu’en passant par des recherches un peu profondes sur l’histoire du peuple qui l’a produite, sur les origines, la langue, la religion de ce peuple. C’est aussi par où nous commencerons ; c’est quand nous connaîtrons les nations Scandinaves en elles-mêmes et dans leur rapport avec les autres nations ; c’est quand nous aurons rattaché leur développement particulier au développement général de l’humanité, que leurs monumens littéraires auront pour nous le sens et la valeur qui leur appartiennent.

La Scandinavie, c’est-à-dire les pays dont se composent aujourd’hui les trois royaumes du nord, le Danemark, la Suède et la Norwège [1] ; la Scandinavie est peuplée presque tout entière par fies populations de race germanique. Cependant d’autres populations étrangères à cette race ont occupé jadis une grande partie, peuplent encore quelques extrémités, et sont errantes sur les confins de la terre Scandinave. Ces populations faisaient partie de la grande famille des nations finnoises qui, se déversant à l’orient et à l’occident des monts Oural, semblent avoir, à des époques reculées, couvert un si vaste espace et joué un si grand rôle dans les contrées septentrionales de l’Asie et de l’Europe. Nous arrêterons d’abord notre attention sur ces peuples qu’on pourrait appeler les Celtes du nord, dont ils disputèrent long-temps la possession aux tribus germaniques ; ces peuples opiniâtres et sombres auxquels une disposition particulière à l’extase fit de bonne heure un renom de magie et de divination, que, dans plusieurs endroits, ils ont conservé jusqu’à nos jours ; race maintenant fondue dans d’autres races ou asservie par elles, mais qui s’étendit sur les deux bords de la Baltique, conquit la Hongrie, comme l’atteste la langue de ce pays, fonda sur les plages glacées de la mer Blanche un état qui faisait le commerce avec l’Orient, quand les marchandises de l’Inde descendaient sur la Dwina, aux lieux où est Archangel ; quand les monnaies arabes circulaient dans les comptoirs de la

  1. L’Islande et les îles Ferroë appartiennent au Danemark.