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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 6.djvu/383

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procureur général ou de l’avocat. C’est tout simplement le réquisitoire d’un homme de génie contre la peine de mort, ce grand crime de la société, flagrant depuis tant de siècles.

Il est beau de voir le poète prendre en mains une telle cause et la plaider ainsi. Dans une préface très étendue, qui accompagne la nouvelle édition du Dernier jour d’un condamné, résumant avec puissance tout ce qu’il y a d’argumens pour battre en brèche la vieille superstition des supplices, M. Victor Hugo prend contre la peine de mort des conclusions explicites et définives : espérons qu’il n’est pas loin le jour où elles lui seront solennellement adjugées. La civilisation des peuples, cet arbitre suprême, ne peut plus en vérité tarder à juger cette question en dernier ressort.

Cependant après Marion Delorme et Hernani, voici venir, en 1831, Notre-Dame de Paris.

Cet ouvrage que nous venons de voir, se soucient peu de la difficulté des circonstances et de nos préoccupations politiques, réussissant même à les maîtriser et à les distraire, se frayer la route à travers l’émeute vers un immense succès, a trop récemment occupé toutes les voix de la critique, il est trop présent à toutes les mémoires pour qu’il soit besoin d’en rappeler autre chose ici que le titre. Toutes les mères savent par cœur ces chapitres ravissans de petits pieds baisés, de joie, d’ivresse et de folies maternelles. On les redit partout le soir au foyer de chaque maison, en faisant la toilette de nuit des petits enfans, en les couchant tout endormis dans leurs petits berceaux. La Esmeralda, cette poétique et délicieuse créature née seulement d’hier, nous apparait déjà voltigeant avec ses ailes diaphanes, parmi les types les plus suaves elles plus purs de la grâce antique. Claude Frollo ne s’est pas moins puissamment comparé de nos imaginations. Ce n’est plus ici l’amour adolescent. Ce n’est plus l’amour timide et rougissant de Léopold et d’Ordener. Voici la passion virile ! la passion fougueuse et criminelle ! Voici la frénésie ! voici l’enfer tout entier dans une âme ! Cet homme est monstrueux, et pourtant prenons-en pitié ! Il aime. — N’a-t-il pas plus souffert d’ailleurs qu’il n’a fait souffrir ! — Et Notre-Dame la vieille cathédrale ! Elle était déserte pour nous avant ce livre ; mais voici qu’elle s’est peuplée des créations du poète. Nous ne passons plus sous ses hautes tours noirâtres sans voir ce pauvre Quasimodo se hisser à leurs angles ou se balancer avec leurs cloches.

On nous promet pour la nouvelle édition de Notre-Dame de Paris, deux chapitres inédits dans l’un desquels doit reparaître encore Louis XI. Vienne donc vite la nouvelle édition.

Sans prétendre le moins du monde en donner l‘analyse, nous avons rapidement examiné les divers romans de M. Victor Hugo, suivant l’ordre de leur composition plutôt que celui de leur publication, et nous contentant d’indiquer leurs plus saillans caractères. Il serait d’ailleurs tort difficile de les juger à part, soit isolément, soit dans leur ensemble ; car ils ne sont eux-mêmes que des portions d’un tout plus vaste et en quelque sorte indivisible. Mais ce qu’il importe, c’est de bien observer de l’un à l’autre la marche progressive de