Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 6.djvu/363

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


M. Prévost donne en outre quelques détails sur une ascension qu’il a faite à l’Etna, sur une visite à la presqu’île de Melazzo, etc.

M. Moreau de Jonnès lit des recherches statistiques sur l’accroissement de la population en Europe. Il serait difficile de donner dans une courte analyse une idée de ce travail, et les limites de cet article ne nous permettent pas d’entrer dans de longs détails. Nous nous contenterons donc d’indiquer le principal résultat qui est une augmentation beaucoup plus rapide dans les peuples du nord que dans ceux du midi de l’Europe, de telle sorte que si l’on supposait que l’accroissement continuât dans le même rapport que celui des dernières années, la population du nord doublerait en moins d’un demi-siècle, tandis que celle du midi ne le ferait qu’en près de quatre-vingts ans.

M. le colonel Raucourt lit un mémoire sur les constructions maritimes exécutées avec les forçats du port de Toulon. Envoyé en 1818 à Toulon pour y diriger, comme ingénieur, les travaux du port, M. Raucourt eut l’idée d’y employer les forçats, espérant obtenir à-la-fois pour l’état une économie sensible, et pour les forçats une grande amélioration tant physique que morale. Comme les résultats de cette tentative paraissaient plus que douteux aux personnes qui auraient pu être consultées relativement aux avances de fonds à faire par le gouvernement, M. Raucourt éluda cette première difficulté, en s’arrangeant de manière à n’employer dans ses constructions que des matériaux presque sans valeur. Des briques faites avec l’argile que le voisinage lui fournissait, et cuites avec les copeaux des chantiers, furent fabriquées par les forçats. La menuiserie, les ferrures, lui furent fournies par les débris provenant du démolissement des vieux vaisseaux. Aux planchers qui eussent exigé des bois de choix, il substitua partout des voûtes, et trouva moyen de les faire assez légères pour les établir sur des murs déjà anciens. Pour les nouvelles constructions, au lieu de fonder sur pilotis, il affermissait le sol en le faisant battre à force de bras. A l’aide de ces diverses inventions, et malgré quelques échecs qui pouvaient être considérés comme le paiement de l’apprentissage des ouvriers qu’il avait eu à former, il atteignit complètement le but qu’il s’était proposé.

M. Raucourt ayant terminé son mémoire, M. Biot donne quelques détails, sur les travaux de Tarragone, également exécutés par des forçais sous la direction d’un ingénieur fort éclairé, M. Schmidt, Irlandais au service de l’Espagne. Cet ingénieur parvint à faire naitre chez les hommes qu’il employait un goût de travail et une habitude d’ordre tels, que la plupart des condamnés, en finissant leur temps, trouvaient à s’établir et à se marier à Tarragone même. Il avait trouvé pour eux deux grands moyens d’exciter l’émulation L’un était d’accorder une haute paie pour le travail que chaque homme faisait au-delà de la tâche qui lui était imposée ; l’autre, qui ne serait pas applicable chez nous, ou du moins qui exigerait une loi spéciale, était celle-ci : que tout condamné qui, pendant trois jours de suite, avait fait plus que le travail prescrit, indépendamment de la haute paie qu’il recevait pour cet excédant, obtenait encore la diminution d’un jour dans la durée de sa détention.

Séance du 23 janvier. M, Sarrut, professeur à la faculté des sciences de