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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 6.djvu/333

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Il y a dans Francis the first un sentiment dont la peinture, souvent ramenée sur la scène, et quelquefois même au premier plan, éclate par une exquise vérité, et révèle une touche assurée, quoique naïve: c’est l’amour fraternel. L’enfantine confiance de Françoise de Foix dans Lautrec, sa pudique soumission à ses moindres avis, comme à des ordres saints et irrévocables, l’abandon et le laisser-aller de ses aveux, la grâce contenue avec laquelle elle lui explique sa répugnance à le laisser partir, à demeurer seule et sans soutien au milieu des dangers de la cour, sa crainte d’avoir un jour un autre et plus impérieux protecteur que lui, tous ces traits, habilement combinés, composent un ravissant tableau. C’est une belle et touchante étude qui doit être faite d’après nature. Et sans doute on ne doit pas s’en étonner: le cœur et l’imagination d’une jeune fille pouvaient sans violence, sans le secours d’un travail factice, s’élever jusqu’au type le plus complet et le plus pur d’un pareil sentiment. Pour y atteindre d’un seul coup, elle n’avait besoin de recourir à aucune tradition de collège ou de bibliothèque ; elle n’avait qu’à descendre en elle-même ou regarder autour d’elle, pour trouver les couleurs et les nuances qui devaient lui servir. Mais l’ambition, l’ardeur de la conquête et des aventures, l’adultère, la jalousie, les trahisons politiques, où vouliez-vous que miss Kemble en trouvât les modèles pour les représenter dignement ?

Le style de Francis the first est partout d’une éblouissante coquetterie. L’auteur n’y regrette ni les draperies ondoyantes et souples, ni l’éclat chatoyant et capricieux des pierreries ; toutes les ruses de la parure la plus habile, toutes les séductions d’une démarche à-la-fois invitante et réservée y sont prodiguées avec vine générosité merveilleuse.

C’est rarement, comme on pourrait s’y attendre, les images douces et modestes qui pourraient convenir à l’élégie. Ce n’est pas non plus le mouvement impétueux et presque militaire d’un hymne ou d’une ode ; c’est le sourire apprêté, qui épie le regard pour montrer de belles dents ; c’est une tête qui s’incline à propos, qui fléchit le cou, comme un cygne, pour dérouler