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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 6.djvu/314

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FROISSART.




La vieille France s’en va. Tous ces monumens, dont le génie du moyen âge avait couvert le sol de notre patrie, commencent à disparaître. Chaque jour, chaque heure, pour ainsi dire, en disperse les débris ; et, suivant l’expression d’un poète ancien, les ruines même périssent, ébranlées qu’elles sont par le double pouvoir du temps et des réactions sociales.

Il ne faut pas dire que la révolution de 1789 ait seule travaillé à cette vaste destruction, ni surtout qu’elle l’ait seule commencée. Elle aussi, à son tour, a remué bien des pierres, et vidé bien des tombeaux ; mais elle ne faisait que mettre en pratique, avec sa rigueur accoutumée, les leçons et les exemples qu’on lui avait donnés. Et qui ne se rappelle en effet ce mépris insensé, cette ironie dissolvante, dont le siècle, qui prépara cette grande révolution, accablait tout ce qui l’avait précédé ? La féodalité surtout devint le but de toutes les attaques, le point de mire de toutes les haines. On oubliait qu’elle était la source et le fondement de ces croyances politiques et religieuses, à l’abri desquelles la société vivait dans un profond repos, et l’on ne voyait