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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 6.djvu/293

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aux lenteurs du procès, et au jour reculé du jugement. — «Monsieur le brigadier, de quel pays êtes-vous ? — Je suis de Tarbes. — Ah ! je connais bien Tarbes : j’y suis resté un an avant d’aller à Pau. C’est là que j’ai rencontré le meilleur sellier que j’aie jamais connu. C’était le maître chez qui je travaillais. Jamais je n’ai vu de selles plus solides et mieux assises que les siennes. J’ai toujours bien su mon métier : mais cet homme-là pouvait encore m’en apprendre. »

Le dimanche, même en prison, n’est point un jour comme un autre. Ce jour-là, tous les prisonniers, qu’ils doivent ou non aller à l’église, mettent un peu plus de soin à leur toilette ; leur visage est plus ouvert et moins triste : pour eux, c’est encore un jour de repos et presque de liberté ; la sombre maison elle-même semble quelque peu s’éclaircir, les murs sont moins noirs et moins humides ; elle s’anime un peu plus de la vie du dehors : elle est un peu moins morte que de coutume. Le son des cloches qui tintent dès le matin, et résonnent encore le soir, après le soleil couché, semble égayer et rafraîchir l’air étouffant des cachots et des corridors. Ce son paraissait toujours faire quelque impression sur Louvel, quoiqu’il ne lui rappelât ni souvenirs d’enfance, ni émotions religieuses. Les églises étaient fermées à l’époque où il pouvait aller y chercher la croyance et la prière. Un soir les vêpres sonnaient, et le prisonnier les écoutait pensif et silencieux. « Monsieur l’officier, dit-il à son gardien, vous m’avez dit l’autre jour que vous étiez catholique, et cependant vous lisez un roman pendant que vêpres sonnent. Il est vrai que ceux qui chantent là-bas du latin et que nous entendons d’ici, ne savent guère ce qu’ils crient ; et vous du moins, votre livre vous amuse. — Et vous ? répondit le brigadier, n’êtes-vous pas catholique ? n’êtes-vous pas chrétien ? — A vrai dire, je ne sais trop ce que je suis. Je suis né dans la religion catholique, mais j’ai suivi la morale des Théophilanthrope ; et leur culte. Je respecte la religion catholique, mais je ne l’aime pas. — Vous êtes baptisé au moins ? Je ne sais, mais, en tout cas, m’a-t-on consulté pour cela ? Je me rappelle encore les hymnes des Théophilanthropes à l’Etre suprême.