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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 6.djvu/265

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Mais en vérité, il eût bien donné dix louis de plus pour que la goélette se fût nommée l’Ondine ou la Phébé. Il fallut donc se résigner, d’ailleurs il comptait se dédommager sur le nom du capitaine, car le capitaine devait s’appeler au moins d’Artimon ou Stribord. — Point, le capitaine s’appelait Hochard !!! — Malgré son bon naturel, ce l’ut un tort que Narcisse ne lui pardonna jamais.

On attendait un vent favorable pour sortir du goulet, et ce fut un beau jour pour Narcisse, que le jour où son cousin lui dit : Il faut pourtant faire connaissance avec votre navire, allons à bord.

Ils s’embarquèrent à Recouvrance dans un bateau de passage, çt se dirigèrent vers la Cauchoise, mouillée en grande rade pour faciliter son appareillage. — La houle était forte ; le canot, petit et conduit par un plougastel, roulait d’une affreuse manière. — Narcisse comptait sur un accident, une émotion forte. Il n’eut que mal au cœur.

On accosta la goélette. — Narcisse faillit tomber deux fois à l’eau, mais avec l’aide du cousin, il se guinda sur le pont.

En le parcourant d’un air effaré, il cherchait des visages rudes, marqués, bronzés, des têtes de forban. — Il vit trois BasNormands blonds, frais et roses, qui buvaient du cidre sur l’avant, et jouaient à la drogue.

Deux autres marins lavaient et étendaient du linge sur l’avant du navire.

— Il ne leur manque plus que de repasser pour être de parfaites blanchisseuses, pensa Nacisse avec une cruelle répugnance.

Narcisse fut introduit chez le capitaine Hochard ; le capitaine n’était pas seul, il fit signe aux nouveaux venus de s’asseoir, et continua la conversation qu’il avait commencée avec un homme d’un embonpoint extraordinaire, qui se tenait debout devant lui.

Narcisse put à son aise examiner le lieu où il se trouvait : c’était une petite chambre boisée comme à terre, un canapé comme à terre, des chaises, une table, un plafond, une fenêtre, des gravures encadrées, tout cela comme à terre.

Narcisse soupira, et avant d’abaisser ses regards sur le