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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 6.djvu/257

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dans les livres arabes que vous dites savoir si bien, vous ireussiez pas manqué d’y trouver un bel axiome qui vous eût consolé de l’injustice et de l’aveuglement des hommes.

Je reprends. L’abondance des matières me força de renvoyer l’insertion de l’article sur Ali-le-Renard. L’impatient auteur prit alors la peine de passer au bureau de la Revue : — J’espère, monsieur, que mon article est fait. — Oui, monsieur, il passera dans la prochaine livraison. — J’espère aussi que nous resterons bons amis. — Vous avez l’esprit trop bien fait pour qu’il en soit autrement.

Mais que sont les prévisions humaines ? L’article, quoique conçu en termes convenables, émut jusque dans ses plus secrets replis le cœur paternel. Puisque le critique avait fait l’éloge de Fielding, il pouvait bien faire celui d’Ali-Le-Renard ! La conquête d’Alger, en effet, ne vaut-elle pas Tom Jones ! L’audace du rédacteur criait vengeance. Après un mois de méditations et de veilles, elle est sortie du cerveau de l’auteur toute armée de gros mots, ignoble, repoussante.

Ceci soit dit sans envie, sans préoccupation jalouse, jamais dans les beaux temps de la Revue en question, un article aussi inconvenant n’y eût trouvé place, le goût sévère de son ancien directeur, M. Véron, en eût fait justice. Mais où est M. Véron ? à l‘Opéra que son habileté fait prospérer.

Grâces vous soient rendues, M. le docteur ; vous avez des droits à ma reconnaissance. La quinzaine avait été terne et morne, le fléau avait promené son niveau de plomb sur la grande ville ; sans vous les lecteurs de la Revue n’auraient eu peut-être qu’une Chronique funéraire, ce qui eût été fort triste et dangereux pour quelques-uns.


LE DIRECTEUR DE LA REVUE DES DEUX MONDES.


Souscription aux Œuvres complètes de Hegel, publiées à Berlin. — Hegel, l’un des plus profonds philosophes de notre siècle, a été enlevé à la science au mois de novembre de l’annèe dernière par une atteinte du choléra. Ses disciples ont entrepris de publier une édition complète de ses œuvres. Le nom du successeur de Kant et de Schelling, moins populaire peut-être que celui de ses prédécesseurs, a suffi cependant pour assurer le succès de cette publication. On a quelquefois nommé Hegel l'Aristote de l’Allemagne, et il n’y a nulle exagération dans cette comparaison. Son talent pour mettre en œuvre les abstractions a été reconnu par ses adversaires les plus déclarés. Kant, dont le principal mérite était un grand talent d’analyse, s’occupa surtout de l’étude de l’esprit humain et de ses lois ; Schelling, entraîné par un enthousiasme mystique, introduisit dans la philosophie une méthode et un langage qui n’étaient pas assez scientifiques ; Hegel sut réunir la dialectique rigoureuse de Kant, aux vues compréhensives de Schelling, à son large optimisme, à sa sympathie pour toutes les manifestations de la vie universelle. On a abusé Hegel d’obscurité, et