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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 6.djvu/255

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CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.


15 avril 1832.


Il serait assez plaisant que, dans ce temps de toutes libertés, la critique littéraire, si profitable à l’art, fût dépouillée de la sienne. Nous avons vu avec étonnement, dans le dernier numéro d’une Revue, un article sur le Salon d’un grand peintre, qui ne tendrait à rien moins qu’à cela ; ce dont il sera facile de se convaincre, si on veut nous suivre dans le développement des motifs secrets qui l’ont dicte.

Aristarques qui êtes appelés à juger les livres de l’auteur de la Conquête d’Alger, vous n’avez qu’à bien vous tenir. Malheur à vous, si vous osez trouver mauvais les fruits de son génie ! Vous serez flagellés d’importance par M. le docteur. Voyez les merveilleuses épigrammes qu’il adresse à un homme dont le seul crime est d’avoir imprimé dans la livraison du 1er mars de la Revue des deux Mondes, à laquelle nous renvoyons nos lecteurs, qu’Ali-le-Renard rappelait les plus pauvres pages de Gonzalve de Cordoue, de Bliomberis, des Incas et de Bélisaire. Voilà la cause de la grande colère de M. le docteur. Je m’imagine que si nous vivions encore au temps du bon plaisir, avec M. le docteur pour ministre, il eût répondu à son critique par une bonne lettre de cachet ou peut-être par un cordon, si Paris était à Alger. Rendez grâces à votre heureuse destinée, M. le critique, qui vous fait écrire en 1832, et non en 1760.

La Revue des Deux-Mondes a promis, et elle tiendra parole, de faire une critique franche et sincère ; si jusqu’ici elle a été quelquefois un peu âpre, on ne peut t’amuser, du moins, d‘avoir été injuste et partiale ; souvent elle n’a pas ménagé de sévères avis à ses propres rédacteurs. C’est dans un temps où la bibliopée est inondée de tant de méchans livres, que la critique est appelée à exercer un sacerdoce grave et sévère. Le critique d'Ali-le-Renard, en rangeant ce livre dans cette dernière catégorie, n’a fait qu’user de son droit, et si l’auteur de roman avait été mieux conseillé, il eut dissimulé son dépit au lieu de l’exhaler en railleries de mauvais ton sur le costume de l’homme et le grenier de l’écrivain. C’est là, il faut l’avouer, une étrange réponse à des questions purement littéraires. La meilleure manière dont les poètes et les romanciers (genus irritabile)