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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 6.djvu/254

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d’ailleurs l’existence de marais stagnans, le peu de courant de beaucoup de rivières, occasionent dans ce pays des fièvres el différentes maladies graves, qui règnent épidémiquement, et font, tous les ans, des ravages à l’époque même où s’est montré le choléra.

Un trait honorable pour Vienne, c’est le changement subit que la présence du fléau a opéré dans la disposition des esprits. La consternation avait fait place à tout le dévoûment de l’affection. Pas un malade qui ait été abandonné de ses domestiques, de ses maîtres, de ses parens, de ses amis ; et ceux qui n’avaient ni amis, ni parens, trouvaient dans la charité de leurs voisins, des secours à leurs souffrances, des consolations dans leurs derniers momens. L’empereur, se mêlant aux habitans de Vienne, visitant les malades dans les hopitaux, les encourageait par ses paroles et son exemple. Je conserverai toujours le souvenir de ce spectacle louchant, ainsi que la reconnaissance des soins généreux qui ont adouci mes maux.

Vous m’avez demandé mon opinion sur les mesures préservatives à prendre pour la France. Ainsi que vous, je crois à la contagion. Mais, jusqu’à présent, on ignore comment elle agit, quels sont les corps qui lui servent de conducteurs, et quels moyens peuvent détruire des miasmes dont on ignore également la nature et le, siège. Les précautions qu’on a prises jusqu’ici ont été insuffisantes, elles devaient être incomplètes, puisqu’elles sont dirigées contre des circonstances encore inappréciables. Toutefois, moralement elles sont nécessaires, parce que les peuples qui redoutent les approches d’un fléau, ont besoin d’être rassurés par la pensée que l’administration ne néglige aucun des moyens indiqués par la prudence la plus minutieuse. Ces moyens, toutefois, doivent être combinés de manière à interrompre le moins possible les communications, parce qu’alors on créerait un désordre plus à craindre que le mal qu’on voudrait éviter. Les quarantaines doivent être courtes, puisqu’on ignore entièrement le terme où finit le danger.

Les mesures réellement utiles sont celles qui indiquent les moyens préservatifs, les premiers soins à donner aux malades, lesquels préviennent souvent la gravité du mal. Ce sont l’organisation de secours aux classes malheureuses, les distributions de vêtemens chauds, d’une nourriture saine, d’un travail qui éloigne des idées de désespoir et de désordre. En Moravie, on a eu l’heureuse idée de déposer chez le magistrat de chaque village l’instruction pour les soins des malades, et d’y tenir toujours prêts et chauds, les remèdes dont ils pouvaient avoir besoin, de telle sorte qu’il n’y a jamais d’intervalle entre la maladie et le secours. De semblables moyens pourraient être mis à la disposition des maires et des curés, et produiraient l’heureux effet de rassurer les imaginations, et de prévenir souvent les conséquences funestes du mal en y portant remède en temps opportun.

Je désire bien vivement que ces renseignemens, rédigés un peu en désordre, soient de quelque utilité à nos concitoyens.

Agréez, etc.


MONTBEL.