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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 6.djvu/253

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frictions sur le ventre. La sensibilité était détruite. Le malade ne s’aperçut même pas des secours qu’on lui administrait. L’attaque étant passée, le lendemain à la même heure, il éprouva la même sensation que si l’on eût alors fait sur lui les frictions de la veille.

On a recherché si l’atmosphère offrait quelques circonstances particulières à l’époque de l’invasion. Plusieurs personnes, recommandables parleur hautes lumières, se sont occupées de ces recherches. Le savant professeur de physique Baumgarteur en a fait l’objet d’expériences journalières. Il m’a dit que les phénomènes électriques s’étaient offert avec les circonstances habituelles. Quant à la décomposition de l’air par des procédés constamment uniformes, elle lui avait donné une variation en moins de trois dixièmes d’oxigène, pendant l’époque où le choléra exerçait ses ravages ; et depuis qu’il les avait cessés, il y avait alors environ quinze jours quand j’eus l’honneur de le voir, l’expérience donnait régulièrement des proportions constantes. Toutefois, l’appréciation exacte de la quantité d’oxigène de l’air étant très délicate à constater, le savant professeur se contentait d’indiquer le résultat de ses travaux sans en rien conclure. Pendant l’été de 1831, on a été généralement frappé des phénomènes qu’a présentés l’atmosphère. En descendant dans un horizon pur en apparence, le soleil a paru souvent dépouillé de ses rayons, semblable à un disque d’argent. Très long-temps, après le coucher de cet astre, le ciel, à une grande hauteur, était d’un rouge ardent. Souvent, jusque vers dix heures du soir, nous avons vu se prolonger la lumière zodiacale. Mais ces phénomènes n’étaient pas particuliers aux lieux envahis par le choléra, puisqu’on les observait en même temps dans la France méridionale.

Parmi les maladies qui ont affligé l’humanité, il n’en est pas qui aient poursuivi leurs progrès avec autant de persistance, et sur une si immense surface ; mais, dans un lieu déterminé, il en est peu qui n’aient moissonné un plus grand nombre de victimes. A Vienne, sur une population de trois cent mille âmes, il n’est mort, en six mois, qu’environ deux mille cholériques, et si l’on calcule que ce mal a attaqué des individus d’une santé ébranlée et chancelante ; que pendant l’invasion, presque toutes les maladies graves ont pris le caractère du choléra ; que, par suite, plusieurs décès constatés auraient eu lieu indépendamment de l’existence du fléau, on ne s’étonnera pas de l’assertion de quelques médecins, qui pensent que, dans un temps donné, la mortalité moyenne ne sera pas sensiblement dépassée par suite de l’invasion. D’après les indications de quelques personnes instruites, sur les trois cent mille habitans de Vienne, il en meurt par au onze mille. A la fin de 1831, le chiffre annuel avait été dépassé de quinze cents, mais on croyait que cette différence s’effacerait dans l’ensemble de deux à trois années.

En Hongrie, il a péri deux cent cinquante mille habitans, d’après des relevés qu’on croit, toutefois, au-dessous de la vérité. Sur cette population considérable, la mortalité se serait élevée à un sur quarante, et ici il ne faut pas oublier que des préventions inconcevables ont poussé le peuple à tous les excès d’imprudence et de fureur qui pouvaient provoquer des résultats funestes ; que