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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 6.djvu/204

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Ose me démentir, dis-moi ce que tu vaux,
Conte-moi tes vertus, tes glorieux travaux.

(CORNEILLE.)

France, es-tu donc descendue si bas, qu’une école grave et consciencieuse qui s’est offerte à te diriger et à te conduire n’ait plus pour toi que des paroles de réprobation, de dédain et désespère de ton avenir ? ou plutôt ne serait-ce pas cette école qui s’en va et qui devient un peu méchante, comme quelques femmes en vieillissant ?

Je m’explique, monsieur: les talens qui brillaient au sein de l’école ordinairement appelée doctrinaire, pourront toujours se modifier et se développer, c’est l’heureux privilège des esprits distingués ; mais quant à l’école elle-même, à cette combinaison de maximes parlementaires anglaises et d’une métaphysique toujours négative et toujours creuse, je crois ses destinées consommées.

Effectivement, cette école n’a-t-elle pas semblé elle-même attacher sa fortune à la conservation de certaines formes politiques, et ne les a-t-elle pas considérées comme tellement nécessaires, qu’elle les a identifiées avec la cause même de la sociabilité ? « Je connais la France, je connais son bon sens, dit M. Guizot, je sais qu’il est peu de folies que ce bon sens ne parvienne à rectifier tôt ou tard ; mais je dis : si vous maintenez l’hérédité, la France est sauvée ; l’anarchie dont nous nous plaignons trouvera son terme, le but que nous cherchons sera atteint ; la révolution de juillet sera terminée et consolidée à-la-fois : si l’hérédité de la pairie est abolie, je ne sais pas dans quelle carrière nous entrons [1]. » Singulière philosophie politique, qui ne saurait plus rien prévoir au-delà des combinaisons de la charte de Louis XVIII !

Mais il est une preuve plus sérieuse encore, monsieur, du peu d’avenir qui reste à cette école, elle ne se recrute pas parmi les jeunes esprits. Elle a le pouvoir, mais elle ne travaille plus ;

  1. Discours sur l’hérédité de la pairie.