Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 6.djvu/191

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


beaucoup de discuter les théories professées par des hommes d’un esprit éminent, avec lesquels je me suis cru long-temps une conformité véritable d’opinions politiques, et dont avec plaisir j’ai cultivé le commerce. Elle est bien intime la conviction qui m’anime, puisqu’elle me force à la faire connaître : toutefois, excusez-moi, monsieur ; si aujourd’hui vous trouvez ma phrase moins vive, ma plume moins résolue ; je ne vous le cache pas, j’écris avec moins de liberté, je suis comme amolli par des souvenirs et des regrets ; je voudrais même, si cette lettre tombe sous les yeux de ceux qui en feront le sujet, qu’elle pût les persuader au lieu de les irriter, et qu’elle les ramenât à se servir de leurs talens d’une manière plus utile à notre commune patrie.

Vous m’avez souvent dit, monsieur ; ne pas comprendre comment une école qui, sous la Restauration, semblait rallier et diriger les esprits, s’était trouvée tout-à-coup stationnaire après juillet ; vous l’aviez vue théoricienne, entreprenante, et presque populaire ; vous fûtes ébahi de la voir reniant ses théories, peureuse et désertée : pour pénétrer tout-à-fait dans le secret de cette péripétie, il faut, monsieur, reprendre les choses d’un peu haut.

Vous savez que l’Angleterre fut pour nous au dix-huitième siècle une maîtresse de science politique ; notre Montesquieu, le premier, tourna ses regards sur cette île et en caractérisa la liberté : le Genevois Delolme disserta sur la constitution britannique. Plusieurs esprits bornés et libéraux s’accordèrent en France à considérer l’Angleterre comme une école non-seulement à étudier, mais à imiter ; ils espérèrent prévenir une révolution populaire par des importations habilement opérées ; mais 8ç déçut leur espoir comme 1830 a déconcerté les vues de leurs successeurs. Cependant les disciples du génie anglais ne perdirent pas sur-le-champ courage ; ils présentèrent leur plan à la tribune de la Constituante ; Mirabeau le mit en pièces. Ni la Convention ni l’Empire n’étaient des époques favorables aux traditions britanniques. Mais l’air de la Restauration devait les faire fleurir ; et l’école, dont l’origine remonte aux études de Montesquieu, et qui fut représentée sous la Constituante par des hommes éclairés