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Cette Revue peut amener d’importans résultats pour notre littérature en Russie.

La ville de Figeac vient d’ouvrir une souscription, pour élever un monument à Champollion le jeune. Nous nous en réjouissons. Nos dernières paroles auxquelles on a prêté un sens bien éloigné de notre pensée, s’adressaient bien plutôt à la morgue et au charlatanisme des corps savans qu’aux cendres et à la mémoire de Champollion, et, pour notre part, nous ne prétendons pas nier les services réels qu’il a rendus à l’archéologie. Nous regrettons sincèrement que le gouvernement tarde si long-temps à payer la dette de la France.

Dieu merci, nous n’avons pas besoin de rétracter notre premier jugement pour encourager hautement la générosité des ministres et du roi en faveur de la veuve et de la fille de Champollion. Nos doutes et nos scrupules n’ont rien à faire avec une question de reconnaissance et d’honneur.

On s’est entretenu assez vivement dans les salons d’un caprice de M. d’Argout. M. le ministre a, de son autorité privée, sans consulter les lois ou l’opinion publique, sans prendre avis de l’auteur ou de ses amis, sans discuter avec lui la convenance ou la portée d’une pareille mesure, arrêté les répétitions d’une tragédie de M. de Custines, Béatrix Cenci. Nous ne connaissons pas un seul vers de la pièce ; mais il nous semble que cette intervention autocratique est un dangereux acheminement vers la censure la plus absurde. En admettant même avec l’éloquent préambule de M. de Montalivet, que dans les jeux de la scène, l’enthousiasme de la jeunesse française s’anime souvent jusqu’au pugilat, nous ne voyons pas que ce soit une apologie suffisante pour s’opposer à la représentation. Nous déclarons d’ailleurs ne rien comprendre aux explications données dans une feuille habituée aux confidences du cabinet. Nous avons lu la tragédie de Shelley sur le même sujet, et nous n’y avons rien vu qui pût renverser les institutions ou les croyances du pays. Il faut espérer que M. d’Argout se ravisera.

En attendant, M. Alexandre Dumas vient de terminer un grand opéra, le Carnaval à Rome, dont la musique est confiée à l’auteur de Robert le Diable.

Chose incroyable ! Paganini a joué deux fois au théâtre Italien, et personne n’en parle. Il nous est pourtant revenu tel que nous l’avons entendu l’année dernière, comparable en tout point au conseiller Krespet, plein d’amertume et de fantaisie comme Kreisler. Cette année, nous aurons sans doute au salon le buste de Paganini par David. Nous avons déjà une belle médaille de M. Bovi, dont la ressemblance la plus parfaite n’est pas le seul mérite, et où l’on retrouve toute la tristesse et toute la profondeur du violiniste génois.

On a placé aux Tuileries de nouvelles statues, un Minotaure de M. Ramey, un Cadmus de M. Dupaty, un Prométhée de M. Pradier. Le Minotaure manque d’énergie, et n’inspire aucun effroi. La tête ne rime guère avec le torse. L’artiste aurait dû prendre conseil de Granville. Le Cadmus est une des plus joyeuses bouffonneries qui se puissent imaginer ; pour peu que le serpent voulût faire peur à son antagoniste, il n’aurait qu’à le lâcher, il serait sûr de le voir tomber de lui-même. C’est un groupe au moins aussi ridicule que celui de M. Bosio. Le Prométhée est le meilleur ouvrage de l’auteur. Mais il n’est pas placé comme