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J’ai négligé à dessein de mentionner le personnage de Paolo, serviteur napolitain qui a suivi sa maîtresse à Paris, et qui l’aime follement, d’un amour aveugle et sans bornes, avec le dévoûment d’un esclave ; qui laisse Arthur pénétrer au milieu de la nuit dans la chambre de Teresa, et veille ensuite à la porte pour qu’ils ne soient pas surpris. Ce caractère très inutile et très invraisemblable ajoute gratuitement au déshonneur de Teresa. Ce même Paolo partage avec Teresa le poison qu’elle lui demande. Ils meurent ensemble et Arthur emmène sa femme à Saint-Pétersbourg où il va en mission diplomatique.

Tel est le drame de M. Dumas. Bocage a eu de très beaux momens, mais il détaille trop son jeu. Il a tant à cœur de montrer qu’il saisit jusqu’aux moindres intentions de l’auteur qu’il imprime à tous ses gestes un caractère officiel d’intelligence et de profondeur. Dans les mouvemens énergiques il a quelque chose d’anguleux et de heurté. Quelquefois il lui arrive de se méprendre sur l’attitude qu’il doit prendre. Quand il a découvert la trahison d’Arthur, au lieu de lever les bras au ciel en élargissant le diamètre de la poitrine, il exécute un mouvement général d’élévation qui indique la force et non pas la douleur. Peu s’en faut qu’il ne ressemble au Marsyas.

Le défaut capital de ce drame où les émotions se succèdent avec une merveilleuse et poignante rapidité, c’est que la plupart des situations sont plutôt indiquées que développées. Malgré les énormes dimensions de la pièce qui dure plus de quatre heures tout se prépare et rien ne s’achève. À proprement parler il n’y a pas une scène complète. Il y a des hors-d’œuvre, des déclamations, de l’emphase ; il n’y a pas une tirade précise et pleine. En un mot la pièce n’est pas écrite, il n’y a pas de style. La méditation et le soin ont manqué.

Déjà Henri iii et Antony avaient mérité le même reproche. Dans Teresa, la négligence littéraire est plus flagrante encore. Que M. Dumas y prenne garde, le style seul fait la durée des œuvres poétiques. Son dernier drame, quoique inférieur à Antony, est à coup sûr une œuvre énergique et vigoureuse. Mais s’il persévère dans la voie où il s’est engagé, il se prépare un mau-