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Page:Revue des Deux Mondes - 1831 - tome 4.djvu/81

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— « Ah ! tu te frottes les mains, s’écrie-t-il, impudent ! c’est ton cadavre qu’on va porter à l’église ! » et saisissant un énorme encrier de plomb qui se trouve sous sa main, il le lui lance à la tète de toute la vigueur de son bras.

Le coup avait été bien visé : l’encrier volait droit à son but ; le conseiller était perdu, et la princesse délivrée. Tout à coup la foudre éclate avec fracas sur le disque de plomb, dont elle arrête l’élan homicide, et l’arme de Théodore vient retomber impuissante à ses pieds. — et dans le même instant pleuvent du ciel, jaillissent des profondeurs de la terre des milliers de conseillers noirs et de blanches princesses.

En vain Théodore essaie de distinguer son ennemi au milieu de cette foule étrange : princesses et conseillers n’ont qu’un même visage, qu’un même costume, qu’une même attitude, et ni l’œil de la haine, ni celui de l’amour, ne sont assez sûrs, assez perçans pour y découvrir la moindre différence ; et voilà, — ô perplexité ! — qu’à un signal donné, les milliers de conseillers montent, chacun avec une princesse, dans un carrosse magnifique, et soudain ils disparaissent tous ensemble aux regards découragés de Théodore qui les voit s’éloigner, pétrifié, la bouche béante, sans proférer plainte ni menace.

XI. — THÉODORE SE RAVISE.

— « Si tu savais tout ce que j’ai perdu, ma bonne sœur, disait à Dorothée, quelques jours après ce singulier événement, Théodore réconcilié avec elle ! Toi, tu n’as jamais vu ma princesse ; figure-toi... » Et il se mit à lui en faire la description avec la mémoire d’un peintre et d’un amant.

— « Eh ! mon cher ami, lui dit Dorothée, ta princesse devait ressembler à Henriette. »

— « A Henriette ! quelle comparaison ! »

— « Mais je t’assure que la comparaison est tout-à-fait exacte. »