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Page:Revue des Deux Mondes - 1831 - tome 4.djvu/71

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çaient de chants plus doux, lorsque tout à coup un spectre couvert d’un linceul blanc, pâle, les cheveux hérissés, les yeux hagards, se jette à sa rencontre une torche à la main ! « Silence, cria-t-il d’une voix formidable, et tout se tut soudain, oiseaux, fleurs et fruits ; et alors le spectre grandit, grandit jusqu’à la voûte, et tout tremblait et tournoyait derrière lui ! et comme la terreur n’avait pu arrêter assez vite le pied de Théodore, le spectre qui s’était précipité au-devant de lui avec un effroyable grincement de dents, de son front d’airain, comme un bélier furieux, le frappa si violemment à la tête, qu’il l’étendit sans connaissance sur le parquet ; et à peine Théodore fut-il tombé que le mur se referma , et tout rentra dans les ténèbres !

VIII. — LA PRINCESSE.

« Libertin , comme vous êtes rentré tard hier ! dit Dorothée en s’approchant le lendemain matin du lit de son frère, qui était plongé dans un profond sommeil. Eh bien ! il dort encore ! allons ! debout, debout, monsieur le paresseux ! tout le monde est levé dans la maison. »

Théodore, tiraillé par sa sœur, ouvrit de grands yeux, s’assit sur son séant, la regarda fixement, s’élança précipitamment sur elle, en jurant comme un chat qui veut effrayer un chien, puis se recoucha sans mot dire.

— « Finis donc, Théodore, tu me fais peur avec tes plaisanteries. Allons, lève-toi ; il en est temps, neuf heures viennent de sonner à la pendule. L’as-tu vue , notre pendule ? et notre ameublement, qu’en dis-tu ? l’as-tu bien examiné hier soir ? Comme tu as dû être surpris en rentrant ! Regarde-donc au jour nos beaux rideaux de soie cramoisie, et la belle glace qui est au-dessus de la cheminée ; et par terre, le beau tapis rouge, et sur la muraille, la belle tenture : ne dirait-on pas de véritables oiseaux ? N’est-il pas vrai qu’on serait tenté d’aller cueillir ces fleurs et ces fruits ? »