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RÉVOLUTIONS DE LA QUINZAINE.

Le président du conseil, M. Périer, est un homme de tête et de cœur, actif, infatigable, mais violent, emporté, colère, ne sachant que lui qui ait raison ou qui puisse avoir raison dans ce monde. Dès son entrée au ministère, M. Périer a soumis toutes les volontés à la sienne ; il a traité le maréchal Soult lui-même comme on ne traiterait pas un roi ; il a vaincu toutes les résistances, s’est emparé à lui seul du gouvernement dont il reste responsable : il est devenu ainsi presque toute la monarchie de juillet, il est devenu presque toute la France, au dehors comme au dedans. La France, c’est M. Perrier. M. Perrier est le despote du jour, il a toutes les allures du despotisme : la bonne grâce, l’abandon facile, la fatuité, l’emportement ; M. Périer, c’est le Bonaparte de la révolution de juillet, ni plus ni moins, toutes différences gardées entre 89 et 1831.

Bonaparte, quand il eut fait autant de princes de ses généraux, quand il les eut habillés d’or et de soie, et qu’il n’eut plus à redouter pour sa cravache la poussière de leurs habits ; Bonaparte se prit souvent à frapper sur ces livrées de princes et de généraux. C’était une manifestation de toute-puissance tant soit peu populaire ; mais on la passait à l’empereur. Il paraît que notre despote a voulu, lui aussi, se manifester par un geste non équivoque. Le bruit a couru un matin que M. Périer avait fait, à un de ses secrétaires, l’application la plus vive et la moins équivoque qui se pût faire du système du juste-milieu. On a parlé dans les salons de ce coup de pied comme d’une affaire d’état, ce qui est un bon signe. La Tribune a imprimé le fait tout au long, avec le nom du patient en toutes lettres. Or, le patient ou non a fait un procès à la Tribune. Il a cité le gérant de la Tribune à s’entendre dire que M. Périer n’a donné de coup de pied à personne ; qu’il a été calomniateur et mal appris, lui gérant de la Tribune. Ce sera là un fort curieux procès et fort amusant, et fort inusité, et dont les preuves seront bien difficiles à fournir.

En attendant la petite pièce du tribunal, un grand drame se joue devant les tribunaux de Paris. Procès infâme, tout rempli d’affreux détails, horrible catastrophe contre laquelle vient se briser le dernier prince du grand nom de Condé, le plus grand nom de la monarchie ; procès courageux, intenté par les princes de Rohan contre l’ardente maîtresse d’un vieillard. Tout est vague, obscurité et crime dans cette affaire. Un prince affaibli par l’exil, par des malheurs et par des plaisirs excessifs, livré à l’énergique volonté d’une