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Page:Revue des Deux Mondes - 1831 - tome 4.djvu/676

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REVUE. — CHRONIQUE.

prince royal ? Nous avons bien peur que ce paliatif ne soit de courte durée. Il ne suffit pas d’ôter leurs armes aux ouvriers, encore faut-il leur donner du pain. Quoi qu’il en soit, Son Altesse Royale le duc d’Orléans est rentré hier à Paris.

Peu de fonctionnaires publics ont été changés à Lyon. Toutefois, M. le préfet Dumolard a été appelé à Paris pour rendre compte de sa conduite. Jusqu’à plus ample informé, c’est une conduite bien déplorable. Des proclamations sans fin, des paroles d’amitié aux ouvriers, quand ils étaient les maîtres ; des exclamations puériles de joie stupide, quand l’armée du prince est arrivée aux portes de la ville. À ce sujet grave, disons qu’il est bien temps peut-être de se mettre en garde contre l’habileté des hommes de l’Empire. L’Empire, si admirablement administré, a été administré par un seul homme. Ne l’oublions jamais ! cet homme faisait ses miracles tout seul ; ses subordonnés n’étaient dans ses mains que des instrumens. Aussi tous les administrateurs comme tous les généraux de Napoléon, qui faisaient sous lui de grandes choses, une fois livrés à eux-mêmes ont été de bévues en bévues : que de batailles et de villes perdues par les mêmes qui avaient tant gagné de villes et de batailles sous l’empereur ! Que de préfets inhabiles, les mêmes qui avaient eu tant de renom autrefois ! M. Dumolard est une capacité de l’Empire, de même que M. de Norvins est une capacité de l’Empire. Comptez toutes les capacités de l’Empire qui sont de la même force, et vous verrez qu’il est nécessaire d’en finir avec toutes ces capacités.

Il est convenu que nous aimons les petits faits de ces petites révolutions. Vous remarquerez donc en passant une chose qui n’a pas été remarquée et qui est pleine d’égoïsme. Quand le prince est entré à Lyon, plusieurs villes voisines lui ont envoyé des députations chargées de soumission et de respects. Dans ces députations, on a remarqué celle de Saint-Étienne et celle de Montbrison, deux villes de la Loire. Ces deux villes, au milieu de cette misère vaincue et qui mettait bas les armes avec tant d’admirable soumission, n’ont rien trouvé de mieux que de demander au prince royal, que cela ne regardait pas, Saint-Étienne, la préfecture de la Loire, Montbrison, le maintien de cette préfecture. Le moment était mal choisi à mon sens pour faire éclater ces ambitions municipales. Voilà comment sont faites les villes, égoïstes comme des simples citoyens ! La guerre des esclaves est à leur porte, Spartacus aiguise