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hommes portant un fardeau, et suivis d’un individu dont la figure était cachée sous un chaperon rouge : ils s’approchèrent en silence du pont aux Meûniers.

Lorsqu’ils furent en face de Perrinet, celui-ci vit que l’objet que portaient ces hommes était un large sac de cuir ; il écouta : un gémissement parvint jusqu’à lui : il n’y avait plus de doute.

En une seconde sa dague était hors du fourreau, deux des porteurs à terre, et le sac fendu dans toute sa longueur. Un homme en sortit.

— Sauvez-vous, chevalier ! Dit Leclerc, et profitant de la stupéfaction que son attaque avait causée à la petite troupe, pour se mettre rapidement à l’abri de sa poursuite, il se laissa glisser le long du talus de la rivière où il disparut à tous les yeux.

Celui auquel il venait de tenter, avec un courage si inoui, de rendre la liberté, essaya de fuir ; il se dressa sur ses pieds, mais ses jambes que ses os brisés ne pouvaient soutenir plièrent, et il retomba évanoui en jetant un cri de douleur et de désespoir.

L’homme au chaperon rouge fit un signe, les deux porteurs qui n’étaient pas blessés le reprirent sur leurs épaules. Arrivé au milieu du pont, il s’arrêta et dit : — C’est bien, jetez-le ici.

Les deux porteurs exécutèrent l’ordre, un objet sans forme tourbillonna un instant entre l’espace vide du pont et de la rivière, et le bruit d’un corps pesant retentit dans l’eau.

Au même instant, une barque montée par deux hommes s’avança vers l’endroit où le corps avait disparu, et suivit un instant le fil de la rivière. Quelques secondes après, tandis que l’un d’eux ramait, l’autre accrocha avec un harpon un objet qui revint à la surface de l’eau, et allait le déposer dans sa barque, lorsque l’homme au chaperon rouge monta sur les bords du pont, et de là jeta au vent d’une voix forte ces paroles sacramentelles :