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on passait un large coin de fer sur lequel on frappait jusqu’à ce qu’en se rapprochant, elles applatissent la chair et brisassent les os.

Il paraît que le chevalier n’avouait rien, car les coups de maillet se succédaient avec une force et une rapidité croissantes. Le tortureur y mettait de la colère.

Il y avait déjà quelque temps qu’on n’entendait plus de cris, quelques sourds gémissemens y avaient succédé, puis ils s’étaient éteints à leur tour. Le bruit du maillet cessa tout à coup.

La mère Jehanne se releva aussitôt : c’est fini pour aujourd’hui, dit-elle en secouant la poussière attachée à ses genoux et en rajustant son bonnet, il s’est évanoui sans rien dire, et elle s’en alla, convaincue qu’une plus longue attente serait inutile.

La connaissance approfondie qu’elle paraissait avoir de la manière dont les choses se passaient habituellement, entraîna sur ses pas tous les témoins de cette scène à l’exception d’un jeune homme qui resta debout contre le mur. — C’était Perrinet Leclerc.

Un instant après, comme l’avait prévu la mère Jehanne, le tortureur sortit.

Vers le soir, un prêtre entra dans la prison.

Quand la nuit fut tout-à-fait venue, on plaça des sentinelles dehors, et l’une d’elles força Leclerc de s’éloigner ; il alla s’asseoir sur une borne, au coin du pont aux Meûniers.

Deux heures se passèrent : quoique la nuit fût sombre, ses yeux s’y étaient tellement habitués, qu’il distinguait sur les murailles grisâtres la place noire où se trouvait la porte du Châtelet. Il n’avait pas prononcé une parole, n’avait pas ôté la main de dessus sa dague, et n’avait pensé ni à boire ni à manger.

Onze heures sonnèrent.

Le dernier coup vibrait encore lorsque la porte du Châtelet s’ouvrit : deux soldats, tenant leur épée d’une main et une torche de l’autre, parurent sur le seuil ; puis vinrent quatre