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soutenue. — Je vous assure qu’il est, revenu à lui, je le tiens de la Cochette, la fille du geôlier du Châtelet ; elle dit qu’il n’a qu’une meurtrissure derrière la tête, et pas autre chose.

— Je ne vous dis pas non, mère Jehanne, répondit le bourgeois, mais tout cela ne m’apprend pas pourquoi on l’a arrêté.

— Oh ça, c’est bien facile à deviner, il s’entendait avec les Anglais et les Bourguignons pour livrer Paris, mettre tout à feu et à sang, faire battre monnaie avec les vases des églises… Il y a bien plus, c’est qu’on dit qu’il était poussé à cela par la reine Isabeau, qui en veut aux Parisiens depuis l’assassinat du duc d’Orléans, si bien qu’elle dit qu’elle ne sera contente que quand elle aura fait raser la rue Barbette, et brûler la maison de l’image Notre-Dame.

— Place ! place ! dit un bouclier, voilà le tortureur.

Un homme vêtu de rouge passa au milieu de la foule qui s’écarta… À son approche, la porte du Châtelet s’ouvrit seule, comme si elle le reconnaissait, et se referma sur lui.

Tous les yeux le suivirent ; il y eut un instant de silence, après lequel la conversation interrompue se renoua.

— Oh ! c’est bon, dit la femme en lâchant le pourpoint de Bourdichon, je connais la fille du geôlier, je pourrai peut-être lui voir donner la question.

Et elle se mit à courir vers le Châtelet aussi vite que le permettaient son âge et des jambes qui n’étaient pas exactement de la même longueur.

Elle frappa à la porte ; un petit guichet s’ouvrit ; une jeune fille blonde y passa sa tête ronde et gaie. Un petit colloque s’engagea, mais il n’eut point, à ce qu’il paraît, le résultat qu’en espérait la mère Jehanne, car la porte resta fermée : seulement la jeune fille passa son bras par l’ouverture grillée, indiqua de la main le soupirail d’an cachot, et disparut. La vieille fit signe au groupe de s’approcher ; quelques personnes s’en détachèrent ; elle se mit à genoux devant le soupirail, et dit à ceux qui s’approchaient d’elle : Venez par ici,