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Page:Revue des Deux Mondes - 1831 - tome 4.djvu/654

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— C’est quelque chose dans l’état, madame, que l’homme qui est chargé de tirer les verroux sur une reine de France.

— Croyez-vous, reprit Isabeau, qu’on annoblirait le bourreau, s’il me coupait la tête. — Elle se retourna comme ayant assez parlé et ne voulant plus répondre.

Dupuy grinça des dents. — Quand serez-vous prête, madame ?

— Je vous le ferai dire.

— Songez, madame, que je vous ai dit que le temps pressait.

— Songez, messire, que je suis la reine, et que je vous ai dit de sortir.

Dupuy murmura quelques mots ; mais, comme chacun connaissait la grande puissance que la reine Isabeau conservait sur le vieux monarque, il trembla qu’elle ne vînt à reprendre, tant qu’elle serait si près de lui, ce pouvoir qui ne lui était échappé que depuis un instant. Il s’inclina donc avec plus de respect qu’il n’en avait montré jusqu’alors, et sortit, comme la reine le lui avait ordonné.

À peine la portière fut-elle abaissée derrière lui et les deux hommes qui l’accompagnaient, que la reine tomba plutôt qu’elle ne s’assit dans un fauteuil, que les sanglots de Charlotte éclatèrent, et que Perrinet Leclerc s’élança de son cabinet.

Il était plus pâle encore que de coutume, mais on voyait que c’était de colère bien plus que de crainte. Faut-il que je tue cet homme, dit-il à la reine, les dents serrées et la main sur sa dague ? La reine sourit amèrement. Charlotte se jeta pleurante à ses pieds.

Le coup qui avait frappé la reine, avait atteint les deux jeunes gens.

— Le tuer ! dit la reine. Crois-tu, jeune homme, que j’aurais pour cela besoin de ton bras et de ton poignard ?… Le tuer !…, et à quoi bon ?… Regarde la cour pleine de soldats… Le tuer !… et cela sauvera-t-il Bourdon ?…

Charlotte pleura plus fort : il se mêlait à sa douleur pour