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Page:Revue des Deux Mondes - 1831 - tome 4.djvu/652

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cachez-vous dans ce cabinet, peut-être pourrez-vous m’être utile, si l’on ignore que vous êtes ici, tandis que, dans le cas contraire, vous ne pouvez que vous perdre.

Charlotte poussa Leclerc dans une espèce de petite chambre noire, qui était auprès du lit d’Isabeau. La reine sauta au bas de son lit, passa une grande robe de brocard, garnie de fourrure, et s’enveloppa dedans sans avoir le temps de serrer autrement la taille qu’en la croisant avec ses mains ; ses cheveux, comme nous l’avons dit, tombaient sur ses épaules et descendaient jusqu’au-dessous de sa ceinture. Au même instant, Dupuy, suivi des deux capitaines, souleva la portière, et, sans ôter son chapeau, dit en se tournant vers Isabeau :

— Madame la reine, vous êtes ma prisonnière.

Isabeau jeta un cri dans lequel il y avait autant de rage que d’étonnement ; puis sentant ses jambes faiblir, elle retomba assise sur son lit, regarda celui qui venait de lui adresser la parole en termes si peu respectueux, et elle lui dit avec un rire âpre : Vous êtes fou, maître Dupuy.

— C’est le roi notre sire, qui malheureusement est insensé, répondit celui-ci, car sans cela, madame, il y a long-temps que je vous aurais dit ce que je viens de vous dire.

— Je puis être prisonnière, mais je suis encore reine, et ne fussé-je plus reine, je serais toujours femme ; parlez donc chapeau bas, messire, comme vous parleriez à votre maître le connétable, car je présume que c’est lui qui vous envoie.

— Vous ne vous trompez pas ; je viens par son ordre, répondit Dupuy, en détachant lentement son chaperon, comme un homme qui obéit bien plus à sa propre volonté qu’à l’ordre qu’on lui donne.

— C’est bien, reprit la reine ; mais, comme j’attends le roi, nous verrons qui du connétable ou de lui est le maître céans.

— Le roi ne viendra pas.

— Je vous dis qu’il doit venir.

— Il a rencontré à moitié route le chevalier de Bourdon.