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Page:Revue des Deux Mondes - 1831 - tome 4.djvu/650

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leur ouverture, serra l’étoffe au-dessous de son menton avec ses deux mains, sachant bien que sa beauté ne perdrait rien à la teinte ardente que leur couleur rouge jetait sur ses joues.

À peine avait-elle pris cette précaution, que Charlotte entra suivie de son amant.

C’était un beau jeune homme de vingt à vingt-deux ans, au front large et découvert, aux yeux bleus et vifs, aux cheveux châtains et au teint pâle : il était vêtu d’un justaucorps de drap vert, ouvert à la saignée des bras, de manière à laisser passer la chemise ; un pantalon de même couleur dessinait les muscles fortement prononcés de ses jambes ; un ceinturon de cuir jaune soutenait une dague d’acier à large lame qui devait le poli de sa poignée au mouvement habituel qu’avait contracté son maître d’y porter la main, tandis que de l’autre il tenait un petit chapeau de feutre dans le genre de nos casquettes de chasse.

Il s’arrêta à deux pas de la porte. La reine jeta sur lui un coup-d’œil rapide : sans doute elle eût prolongé l’examen qu’elle fit de sa personne, si elle eût pu prévoir qu’elle avait devant elle un de ces hommes auxquels le destin a donné dans leur vie une heure pendant laquelle ils doivent changer la face des nations. Mais, nous l’avons dit, rien en lui n’annonçait cette étrange destinée ; ce n’était rien pour le moment qu’un beau jeune homme, pâle, timide et amoureux.

— Votre nom ? dit la reine.

— Perrinet Leclerc.

— De qui êtes-vous fils ?

— De l’échevin Leclerc, gardien des clefs de la porte Saint-Germain.

— Et que faites-vous ?

— Je suis vendeur de fer au Petit-Pont.

— Vous quitteriez votre état pour entrer au service du chevalier de Bourdon ?

— Je quitterais tout pour voir Charlotte.

— Et vous ne seriez pas embarrassé dans votre service ?