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Page:Revue des Deux Mondes - 1831 - tome 4.djvu/64

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Revenu du premier étourdissement que lui avait causé la fuite imprévue de sa silencieuse compagne de route, il se retira lentement, l’oreille pleine encore de son gracieux remercîment, et il rentra chez lui, bâtissant sur cette donnée fragile mille espérances qu’il ne fit rien pour réaliser.

Rien, je me trompe ; le lendemain, ayant affaire dans le même quartier, il se détourna de son chemin, et l’alongea environ d’une soixantaine de pas, pour passer devant la maison où il avait vu entrer son inconnue. Quand il en approcha, il l’aperçut qui causait familièrement avec l’homme à moustaches de la veille, la main appuyée sur son bras.

Cette découverte lui froissa le cœur, et le rejeta violemment de la réalité dans ce monde de chimères où il était déjà si disposé à s’égarer précédemment.

VI. — L’HÉRITAGE.

Un matin, en l’absence de son frère, Dorothée reçut une lettre qui l’invitait à passer au plus tôt chez M. Breugliel, justiez-commisarius (avocat-notaire), rue Royale, pour affaire qui l’intéressait. Cette lettre qu’elle relut trois fois, et qu’elle retourna dans tous les sens, ne donnait pas d’autre explication.

Curieuse de savoir ce qu’on lui voulait, elle s’empressa de se rendre à l’adresse indiquée, et là, elle apprit qu’une dame Eckstein lui avait fait une donation de vingt mille écus. Dorothée, après bien des efforts de mémoire, se rappela qu’une personne qui portait ce nom avait été autrefois l’amie de sa famille, et lorsqu’elle se fut remise du saisissement que lui avait causé la nouvelle de cette fortune inespérée, son premier soin fut de demander au justiez-commisarius l’adresse de sa bienfaitrice, pour l’aller remercier. — « Et mademoiselle, lui répondit l’avocat- notaire, la pauvre dame est morte hier soir ; je croyais vous l’avoir dit, et c’est une des