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comme avec un nez aquilin fortement prononcé, un teint bruni par les guerres de Milan, une cicatrice qui lui fendait la joue, et dont les deux extrémités se perdaient, l’une dans l’arc d’un large sourcil noir, l’autre dans la naissance d’une barbe épaisse et grisonnante, c’était tout ce qu’on voyait de sa figure, on pouvait penser au premier abord que l’âme qui habitait cette enveloppe de fer était éprouvée et inflexible comme elle.

Si le portrait que nous venons de tracer ne suffisait pas à nos lecteurs pour reconnaître Bernard VII, comte d’Armagnac, de Rouergue et de Fezenzac, connétable du royaume de France, gouverneur-général de la ville de Paris, capitaine de toutes les places fortes du royaume, ils n’auraient qu’à reporter les yeux sur la petite troupe qui le suivait, ils pourraient distinguer au milieu d’elle un écuyer, à la jaquette verte et à la croix blanche, portant l’écu de son maître ; et sur le milieu de cet écu les quatre lions d’Armagnac [1], surmontés d’une couronne de comte, fixeraient ses doutes, pour peu qu’il possédât sa part de la science héraldique, assez généralement répandue à cette époque et assez généralement oubliée dans la nôtre.

Les deux cavaliers avaient marché en silence, depuis la porte de la Bastille jusqu’à l’embranchement des deux chemins, dont l’un allait au couvent Saint-Antoine, et l’autre à la Croix-Faubin, lorsque la mule du roi, abandonnée, comme nous l’avons dit, à sa propre sagacité, s’arrêta au milieu de la route. Elle était habituée à aller, tantôt à Vincennes, où ce jour se rendait le roi, tantôt au couvent de Saint-Antoine, où souvent il faisait ses dévotions, et elle attendait qu’une indication de son cavalier lui fit connaître celle des deux routes qu’il fallait prendre ; mais le roi était dans un

  1. Écartelé au premier et au quatrième d’argent, au lion de gueule au deuxième de gueule, et au troisième de gueule au lion léopardé d’or.