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Page:Revue des Deux Mondes - 1831 - tome 4.djvu/609

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Une raison qu’on a cru puissante est celle-ci : Nous n’avons pas intérêt à avoir une grande marine, qui nous coûterait cher, parce que nos développemens commerciaux ne sont pas très-grands, et que nous n’avons plus de colonies.

Voilà qui est très-bien. Mais si les développemens coloniaux dépendaient de la marine protectrice ; si grâce à une marine imposante, les Anglais ne faisaient pas seuls le commerce de l’Inde ; si les colonies perdues étaient reprises !

On ne pourrait les reprendre, n’est-ce pas ? C’est comme si vous disiez qu’on ne reprendra jamais la Belgique et la rive du Rhin qui a été française. Nous ne savons pas quand cela arrivera ; mais il n’est pas possible que cela n’arrive pas un jour. L’affaire des colonies est aussi probable, si la France le veut bien.

Une chose dont nous sommes profondément convaincus, c’est que la part de supériorité qu’ont assurée aux Anglais les événemens de la révolution et de l’empire, autant que la politique de la restauration, reconnaissante pour les services rendus à des émigrés détrônés, peut diminuer beaucoup. Ici, il faut être juste ; la tâche est plus à la nation qu’au ministère. Que le pays aime et sente la marine, et la marine sera. Franchement, la chambre des députés n’entend pas cette question ; elle est parcimonieuse, quand elle devrait être large. Si la guerre éclatait, si les Anglais avaient des avantages, que le nombre de leurs vaisseaux, bien mieux pourvus que les nôtres de matelots exercés, rend présumables, les députés diraient peut-être : « Vous voyez bien qu’il n’y a pas moyen de soutenir la lutte ; ils sont plus marins et plus forts que nous ! » Et c’est vous, messieurs, qui êtes causes que nous sommes moins forts qu’eux !

Quant à être moins marins, nous le nions. La France a moins d’idées de marine ; elle en a trop peu, ce qui nous désole. Mais ses marins sont aussi bons que ceux de l’Angleterre. Voyez nos matelots des localités maritimes, ils sont excellens. Quant aux officiers, nous ne voulons pas rabaisser le mérite de ceux de l’Angleterre, mais il est un fait certain,