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MARINE FRANÇAISE.

Sans vanité française, on peut dire que sous ce rapport nous marchons les égaux de ceux que bien des gens croient encore nos maîtres, parce qu’à la vérité ils l’ont été pendant vingt ans.

Il y a des préjugés difficiles à vaincre ; celui que nous entreprenons de combattre est de ce nombre. Dans toute la chambre des députés (cette assemblée n’est pas prise par nous sans intention pour élément dans cette affaire, puisque le sort de la marine est entre ses mains, ce dont elle ne paraît pas se douter), dans toute la chambre des députés, on trouverait à peine dix hommes qui ne disent pas avec les échos des salons : « Vous ne naviguez pas comme les Anglais ; vos bâtimens ne sont pas aussi bien construits que les leurs ; vous aurez toujours sur eux un grand désavantage ; la France ne peut être une puissance maritime et une puissance continentale tout à la fois. »

N’est-ce pas de ces phrases toutes faites depuis l’empire qu’on nous poursuit chaque jour ? C’est derrière ces argumens si pauvres que se retranchent les faiseurs d’économies, qui veulent bien qu’on arme la garde nationale, mais qui ne consentent pas à voir armer plus de deux vaisseaux, apparemment parce que les Anglais en ont dix-sept à la mer [1].

  1. On prétend que certaines voix se sont élevées, au sein de la commission du budget, pour demander le désarmement de ces deux vaisseaux. « En temps de paix, ont-elles dit, vous n’avez pas besoin de navires d’un si haut rang ; des frégates peuvent vous suffire. » Nous sommes fâchés d’être obligés de le dire, il y a dans cette observation une grande ignorance des faits et une étrange présomption. Messieurs les Députés qui demandent la suppression des vaisseaux ne sont pas marins, et ils disent à un ministre marin : « Vous n’avez pas besoin de vaisseaux. » Qu’en savent-ils ? L’Amiral les étonnerait bien sans doute, s’il leur répondait : « Vos prévisions sont plus absolues que les miennes, il me serait impossible de vous dire si j’aurai besoin de vaisseaux ; mais il est déraisonnable de prétendre affirmativement que je n’en aurai pas besoin. L’événement seul pourra justifier votre vote ou ma prudence. Ce que je puis vous apprendre aujourd’hui, c’est qu’il est telle mission qu’une frégate ne peut pas remplir, et pour laquelle