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de onze mille pieds. Pendant que nous admirions en silence, notre chef africain lit arrêter ses troupes à la vue de Maroc, et tous ensemble offrirent au ciel des prières pour la santé du souverain, et des actions de grâces pour l’heureuse fin de leur voyage ; à l’entrée de la nuit, la caravane s’arrêta pour camper sous des palmiers, qui, rappelant les climats brûlans du tropique, contrastaient d’une manière frappante avec les montagnes neigeuses qui culminaient au-delà ; au coucher du soleil, quelques pics solitaires furent long-temps encore éclairés de ses rayons, pendant que la nuit enveloppait les pics inférieurs.

» Le lendemain, 10 décembre, nous traversâmes la rivière Tensift, sur un pont de trente arches, à Alkantara [1], d’où nous continuâmes notre marche vers la ville, à travers une forêt de palmiers, sur une plaine parfaitement nivelée. Les gardes du prince, habillés de blanc, toutes les troupes et la population mâle de Maroc, nous accompagnaient ; nous avancions au milieu des coups de fusil et des pétards, des cris perçans que poussaient les femmes, et d’une musique barbare ; en un mot, on nous fit tous les honneurs possibles. A midi, à l’heure même où les pavillons blancs flottaient au sommet des minarets, et où le muezzin faisait retentir du haut des mosquées sa voix solennelle pour inviter les fidèles musulmans à reconnaître que Dieu seul est dieu, et que Mahomet est son prophète [2], des chrétiens, des infidèles entraient dans la ville impériale de Maroc au milieu d’une foule émerveillée. A peine entrés, un détour assez brusque nous amena dans nos quartiers, au milieu d’un vaste jardin, frais et silencieux, beau de verdure et d’ombrages. »

La plaine de Maroc s’étend de l’est à l’ouest, entre une petite chaîne basse de collines schisteuses au nord, et le grand

  1. Al-Qantarah, c’est-à-dire le pont.
  2. Là Ela ilà Allah, Mohhammado rasoul Allah.