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Page:Revue des Deux Mondes - 1831 - tome 4.djvu/586

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peu importante à nos yeux, fut pour eux, au contraire, du plus grand intérêt, devint le théâtre des premières aventures de leur histoire poétique, offrit un vaste champ à leur système favori de colonisation, et fournit abondamment aux premiers besoins aussi bien qu’aux jouissances de leur table.

Jamais les barbares des côtes occidentales ou septentrionales, ni les rois asiatiques des côtes orientales et méridionales, ne purent dominer le Pont-Euxin : les maîtres de Constantinople et du Bosphore eurent toujours la plus grande influence sur sa navigation et son commerce ; et quoique les avantages de cette position, ainsi que la facilité qu’elle procure d’assujétir à des tributs les marchands étrangers, aient exposé la ville à de fréquentes attaques, cependant elle a plus souvent, sous ce rapport même, commandé le respect des nations étrangères : les Byzantins étaient donc les maîtres de tout le commerce de ces parages, et les intermédiaires obligés par lesquels arrivaient à la Méditerranée les productions de ces pays, consistant en bestiaux, en esclaves très-estimées, en miel, en cire, et en poissons salés. Le commerce des céréales ne paraît pas avoir été alors exclusivement, comme aujourd’hui, un objet d’exportation, mais alternativement d’importation et d’exportation, selon les récoltes, et les besoins des autres contrées de l’Europe. Dans un fragment de Polybe, rapporté par Athénée, il est encore question du poisson salé qu’on exportait du Pont-Euxin. C’était même un de ces raffinemens étrangers introduits dans Rome, qui scandalisaient le plus l’austère simplicité du vieux Caton ; il reprochait aux riches de son temps d’acheter trois cents drachmes, c’est-à-dire plus de deux cents francs de notre monnaie, un petit baril de ce poisson salé ou mariné, et de payer plus cher qu’un bon domaine de jeunes et jolies esclaves des bords de la mer Noire. On trouvera dans Athénée, sur le thon du Pont-Euxin, une foule d’anecdotes et de bons mots dignes du célèbre Almanach des gourmands ; et c’est le thon du Pont-Euxin, assaisonné d’une certaine manière,